Témoignages

Bonjour à tous et à toutes

Si vous souhaitez nous faire part de vos impressions, vos histoires, vos réalisation... Bref tout ce qui a fait qu'un jour la falaise de Buoux est entrée dans votre vie de grimpeur. N'hésitez pas à nous contacter .

 

Merci pour votre participation

 

Bonjour à toutes et à tous
Je m'appelle Jean Gay et le poids des ans fait que je me retrouve être un des quelques historiques de la première   seconde  après le big bang dans l'histoire des falaises de Buoux - à la fin de la décennie 1960 . 
Le big bang a été déclenché par Raymond et Huguette Coulon  avec Pierrot Gras  et leurs  équipes de spéléologues inventeurs des gouffres les plus profonds du coin et de matériels nouveaux fabriqués sous les auspices de Vulcain ,dans le feu de la forge de Raymond à Buoux
Nous étions dans les premières années de la décennies 1960
Ce sont ces spéléologues ( Vincent Knoer- Toulouimdjian  etc ....) qui ont ouvert les premiers des voies dans des coins aujourd'hui interdit comme la Francine et l'éperon dans le fort de Buoux   après que Buoux eut étranglé par sa corde un malheureux grimpeur du Caf de  Marseille  qui avait l'habitude de venir grimper coté Fort dans l'ascension en traversée de la falaise du fort en étant assuré direct et sans baudrier (il n'existait pas ) depuis le bas : pendule et surplomb liés à l'incurie des secours ont amené le malheureux à être hissé en haut du fort au bout de plusieurs heures et s'être retrouvé proprement mort par asphyxie -alors que personne n'était allé chercher Raymond le forgeron de Buoux qui avait des centaines de mètres d'échelles spéléo et un treuil
Mais c'était avant le big bang
 Cette 1ière  seconde après le Big Bang (à la fin des années 1960) est celle que j'ai connue avec les « historiques » des escalades « premières » et le club « popu » Mutuelle Sport FSGT qui venait assez régulièrement , en plus des équipées de l'équipe au long cours menées avec Raymond et Pierrot dans ces falaises pour ouvrir les premières voies dans les petites falaises au dessus de la routes (aujourd'hui interdites) et dans les grandes falaises au dessus de l'Aiguebrun
Je m'arrêterais là -cette 1ième seconde après le Big Bang  ayant eu le privilège d'être acceptée  par les grimpeurs de Cavaillon et de Carpentras pour être racontée dans le dernier ou avant dernier topo de Buoux  des temps modernes après les années 1980
Plusieurs topos ont en effet  vu le jour sous les hospices du cafiste bien connu  Luchesi depuis cette première seconde après le big bang-
Sans oublier que  le premier topo des premières voies fut éditées par Mutuelle Sport FSGT vers les années 1970 avec cette caractéristiques inhabituelle « anti-paillettes » qui voulait qu'aucun ouvreur de voies ne fut mentionnées dans le premier topo en application des règles de vie de ce « village gaulois et buouxéen » qui passait autant de temps dans les falaises de Buoux que dans les soirées sous la grande baume ou les chênes des montagnes du Ventoux autour d'un immense feu qui rôtissait un agneau avec force bouteilles et histoires et chansons plus que paillardes et animés et que même les orages les plus violents n'arrivaient pas à disperser.
Dans toute cette période de cette première seconde  ,vous comprendrez que nous étions hors du temps (ce que j'ai essayé de raconter dans le dit « premier » topo auquel il est permis de se référer ) pour de multiples raisons : nos n'étions vraiment pas très forts grimpeurs - les cotations de l'époque du 1 au 6ième degré nous ont  semblé tout de suite trop compliquées et nous les avons simplifiées : étant plus ou moins capables (avec les grosses godasses et en étant encordé comme les vaches  )de passer du 4 de l'époque sans trop se tirer au clou  , nous avions décidé qu'au dessus de ce 4 ce serait de « l'artif » et nous y fumes très bons et très ingénieux et ça durait des mois et mêmes des années avec de longs espaces quand Raymond en avait marre qu'on cassât trop de mèches de sa perceuse pour faire des trous dans les morceaux de fer qu'il forgeait pour en faire des semblants de pitons qu'on enfonçait avec une masse et quand on avait envie d'aller sur les grandes montagnes des Pyrénées et des Alpes hiver comme été .  
Tout ce temps (plus de 10 ans ) se passa avec  moultes engueulades survenues dans les falaises ou dans les montagnes et moultes veillées  agrémentées de quelques sons mélodieux sortis à pleine puissance dans les nuits buouxéennes d'un gramophone antique de chez Raymond qui chantaient quelques mélodies bourgeoises de l'Internationale ,du Chant des partisans et du Déserteur et qui étaient sensés réveiller  les consciences des braves habitants de Buoux et de leur maire « honnis »  (mais par ailleurs pourvoyeurs de spaghettis à la provençale , et ne parlant pas que provençal pour recevoir la menue monnaie des touristes suisses et même belges notamment ) pour avoir interdit l'escalade dans les grandes falaises mais qui mettait en émoi la maréchaussée du coin car nous étions dans la période de l'installation des fusées nucléaires du plateau d'Albion et elle ne savait pas encore que la 2ième guerre mondiale et que celle d'Algérie étaient terminées
 Mais nous étions sans rancune car , lorsque nous partions dans les équipées montagnardes peaux de phoques chaussées et piolet en bandoulières et petite forge (au cas où une pièce casserait )dans la vielle 403 (sans chauffage ) de Raymond , nous ne manquerions jamais (vers les 2 heures du mat ) dans les froides nuits de l'hiver de la petite glaciation  (avant que les Ecolos Bobos ne viennent subitement réchauffer cette veille terre avec les catastrophes qu'on connaît depuis ) , de klaxonner très fort et de chanter l'Internationale à fond la caisse pour saluer et donner du cœur à l'ouvrage à nos braves gendarmes de la maréchaussée d'Apt.
Tout ça faisait que le temps passaient et les petits enfants naissaient et grandissaient , que les amours se faisaient et se défaisaient au  grés des printemps et que les plus jeunes grandissaient et que les plus vieux prenaient des ans tout en passant chacun dans leur période galactique qualifiée de « jeunes » ou de « vieux » cons selon l'arithmétique implacable de la table d'addition des ans  .
Enfin , quelques 15 ans après le Big bang et la première seconde d'après , la fin du monde arriva  avec la 2ième seconde après le Big Bang enfin avec l'invasion de nouvelles espèces de terriens « ovni »  à visage d'humanoïde , d'habits et de culs bariolés et d'équipement d'escaladeurs au « top »- aussi léger que leurs cerveaux nouvellement branchés sur les petites boites magiques .
Chaque degré d'escalade fut décomposé au scanner en mille parties  et des vies entières -en travaillant jour et nuit et sans manger à cause du poids -furent consacrées à franchir le millième de degré jusqu'à ce que fut trouvé enfin le « Graal » de ces « ovnis » en grimpant sans toucher le rocher pour atteindre le 8ième et même le 9ième
Ce qui fit cauchemarder le Grec lui-même...
Il y eu même des exportations illicites de clous forgés vers les abîmes « verdonesques » -ce qui laissa de marbre la maréchaussées car le temps mercantile du libéralisme à tout va était arrivée et les frontières ouvertes : avant les plombiers polonais dans les chaumières françaises il y eu les grimpeurs de Buoux dans le Verdon
Les usines à grimper avaient envahi les grands sites , les ovnis gagnaient toujours du temps : il sautaient sans prendre le temps de descendre à la base des voies -Les ouvreurs et « ovnis » têtes de série , après chaque escalades , passaient devant un comité central d'évaluation du millième de degré , de la position des culs des pieds des mains dans les surplombs et de la fréquence du rythme cardiaque transmis à un ordinateur qui donnait le label pour le  paradis des ovnis grimpeurs ou le goulag pour le millième de degré perdu .
  Bref  toute notre équipe rendit les armes une fois qu'elle  fut complètement cernée par les maladies inconnues mais fulgurantes  de la « sérieusitude » « de la normitude » et de la «médaillitude » et du « frictitude »   pour accéder aux falaises et amener les jeunes avec nous.
Ceux-ci  d'ailleurs ne tardaient pas à escalader le ciel (alors que « nous » nous en redescendions) pour nous pisser dessus parfois  avant que d'autres jeunes ne grimpassent à leur tour  la montagne de Sisyphe pour pisser (et peut être plus) sur ceux que le poids des ans en fera redescendre et dans la période formidable ou nous vivons où il vaut mieux être un putaing de rentier et de vendeur de « bretelles »  qu'un connard de fainéant de  chômeur précaire et conduire un bulldozer 4*4 pour pas se faire écraser et pas être emmerder par ces cons de randonneurs qui continuent à vouloir le calme et marcher à pied dans notre belle campagne.
Voila un peu l'ambiance vécue par les dinosaures de la 1ère seconde après le big bang  qu'il sera sans doute difficile d'accepter pour les ordinateurs officiels qui sont les grands ordonnateurs de la festivité buouxéenne dans ce mois de mai où il ne fera peut être plus bon de faire ce qu'il plait  .
  Mais il n'est pas obligatoire  de parler de cette première seconde si c'est pour raconter des « onneries »-on pourra passer à la 2ième seconde , davantage dans l'air du temps , de la « congratitude » et de l'« émérititude »
A bientôt de vos nouvelles et encore merci d'avoir penser aux « dinosaures » buouxéens
N'attrapez pas la galle et les bras courts
Et que le diable ne vous patafiole pas  et qu'il ne  vous pousse pas des buissons à la place des poils du cul
Et bon vent  et A + - Jean GAY

 

BUOUX : Haut lieu de grimpe, mais aussi de folles nuits et de fêtes
Rivalités- vengeances et rigolades -
Jacques Nosley

Cela a toujours existé dans le milieu de la grimpe, surtout dans les années 68/80 ; on parlait de la bande à Guillot, la bande à Cordier, la bande à Marmier etc, etc.....Chaque coin de France a toujours eu ses idoles et autres chef de file.
Les différents « maîtres des lieux » aimaient que leurs « lois » soient respectées sur leurs terres, et gare à ceux tentaient une transgression ou qui cherchaient à imposer leur propre façon de faire.
L‘histoire suivante veut illustrer de façon humoristique (somme toute cela n'était quand même que de la rigolade) ce qui arrivé à la R16 de messire Jean Claude Droyer, une nuit où elle était garée au pied de la grande falaise de Buoux.
Le PGF constituait l'objet du litige : Jacques Nosley et Bernard Gorgeon, les deux ouvreurs et équipeurs de la voie avaient inventé ces deux belles et dures longueurs, depuis le bas, en tête, avec un engagement obligatoire important ; ils avaient ensuite équipé la voie, pour les répétitions à venir, en faisant en sorte que le placement des points permette de faire la voie, tout en respectant l'exposition d'origine. Messire Jésus Christ Dardicule (surnom de Jean Claude Droyer à l'époque) ne l'entendait pas ainsi ; en effet, il était en son temps le promoteur du passage « en jaune » c'est à dire sans toucher aux points, et comme il avait, lui aussi, réussi à faire le PGF (pilier de la gueule fermée) sans toucher aux points, il voulait imposer aux suivants le jaune obligatoire. Pour ce faire il avait enlevé et déplacé les points mis par les ouvreurs, et placé les siens où bon LUI semblait. Il aurait mieux fait d'installer au pied de la voie un distributeur de pastis, mais il ne savait pas qu'en Provence un jaune cela se boit !!!!!
Quel outrage pour les « maîtres » des lieux : un scandale planétaire : un parisien chevelu qui joue à donner des leçons d'équipement aux méridionaux ; un grimpaillon de Fontainebleau qui ose venir en terre du Sud rectifier des voies ouvertes par les seigneurs de Buoux : cela appelle une vengeance exemplaire, aux armes grimpeurs du midi, boutons l'estranger hors de nos falaises chéries... !!!!
Le hasard fit que, quelques mois après l'accomplissement de son crime, Dardicule eut l'outrecuidance de revenir sur les lieux (c'est souvent paraît-il ce que font les grands criminels) avec sa fidèle monture, une R 16 de mauvaise lignée, qu'il gara imprudemment le long de la petite route sous la grande falaise. Les espions du seigneur local eurent tôt fait d'alerter « le grand maître », qui n'était autre que le forgeron de Buoux. L'heure de la punition avait sonné : les principaux hommes de main convoqués illico eurent tôt fait de préparer la potion vengeresse qui, savamment répandue sur l'innocente monture, constiturait une punition à la hauteur de l'affront avéré : un sceau puisé dans la fosse septique, mélangé à de l'huile de vidange, avec de la vieille graisse noire le tout bien mélangé dans la bonne humeur. La chose fut tartouillée de nuit sur toute la monture avec une joie non dissimulée. L'affront était lavé, mais pas la bagnole !!!
Cette « opération punitive » avait uniquement pour but de dire à MÖssieur le signor Droyer qu'ici on grimpait pour le plaisir, sans obligation, dans le respect de chacun, et qu'il n'était pas question d'accepter un diktat de qui que ce soit. Celui qui ne voulait pas toucher aux points était parfaitement libre de le faire.
Chercher à imposer une seule façon de passer n'était pas dans notre optique, et faire cela dans des voies qu'on a pas ouvert, c'est plus que nul. La « punition », au final, n'a pas été trop méchante, la leçon a porté ses fruits pour des frais nuls, et la rigolade a été maximum.
Tout est bien qui finit bien...... Jacques Nosley

 

Tchouky - Buoux -
Buoux fut pour moi le franchissement d'une étape dans ma vie de grimpeur. 1974 Première visite, en super calcaire (chaussures d'escalade rigide à semelles vibram qui font merveille dans les calanques), terreur... Pas de problème dans la fissure qui est vite envoyée, mais l'arrivée en dalle, bien moins difficile d'après le topo manuscrit que j'avais vu, c'est une autre histoire : je rampe, impossible de trouver l'adhérence. Le lendemain je vais chez « Alpina » pour acheter ma première paire de EB.
Marseille hiver 1980 : Je viens de réussir mon permis de conduire, et ma sœur m'a cédé une 2 cv que lui avait donnée mon grand père, une vraie grise avec un capot cannelé. Je fais mon premier tour de pâté de maison et la boite de vitesse lâche ! Une boite de vitesse issue de la casse du coin, une dépose de moteur sur le parking de l'immeuble de mes parents, et nous voilà motorisés. Je récupère Thierry (Volpiato). Nous passons par la pharmacie acheter de l'elasoplast, (le strapal n'étais pas encore arrivé en France), et c'est parti. J'hésite à prendre l'autoroute Marseille Aix, mais rien ne nous arrête. Cadenet, est derrière nous, Lourmarin se laisse traverser, enfin Buoux, c'est mon premier « voyage » au volant d'une voiture. J'ai 18 ans et Thierry 16.
Objectif : l'ouverture d'un gros bloc en-dessous de la falaise, perdu dans la forêt, avec un toit magnifique et une fissure en son centre. Nous sommes tout excités, comme deux gamins que nous sommes. Nous coupons notre rappel en 2 x 35 m car à l'époque, on ne grimpait pas encore sur une corde à simple. Bodar Willans, fraîchement arrivé d'Angleterre, des excentriques, quelques stoppeurs, un marteau et des clous. Nous avions même le tamponnoir de Marc Guiot, avec 4 chevilles auto foreuses, des plaquettes fabriquées sur le balcon de ma chambre à la scie et à la chignole, finies à la queue de rat, car je n'avais pas de grosse mèche.Nous faisons les sangliers et arrivons au pied de la mini falaise. Le débroussaillage se fait à coup de marteau dans la première fissure. Je me lance en solo sur quelques mètres pour poser la première protection. Le premier bloc me reste dans les mains, je pars à la renverse dans le chêne de derrière, casse une branche morte et me déchire de la hanche aux milieux du dos. Rien de grave, j'ai gagné le droit de démarrer le premier. J'ai gardé dans le dos pendant longtemps les traces de cette aventure.
Mi-artif mi-libre nous posons des protections, dont un spit de 8 mm, summum de la protection de l'époque, c'est bien plus tard que voyant les premiers dangereusement bouger dans leurs logement, que nous nous poserons des questions. Ce premier spit posé par nos soins à Buoux secoue notre étique de free grimpeur.Quelques tentatives plus loin, les poignets compétemment déchirés, nous enchaînons tous les deux notre voie que nous baptisons « Les pieds dans le Ciel » Nous osons annoncer un XII- qui est un des tous premier 7a du sud. Nous avions carrément du mal à passer la barre du VI+. Cette voie qui fut pendant une période un passage obligé, est de nos jours complètement oubliée. Elle ne figure même pas dans le topo !
Puis ce fut l'âge d'or de Buoux, le laboratoire de la grimpe, les soirées entre potes dans la Borie retapée sur le plateau, le petit dèj chez Pessemesse à l'Auberge des Seguins. Les doigts qui s'usent dans les trous, le bonheur.
Suivirent ensuite les rassemblements pour tester, les premiers chaussons Trappeur (pas terribles, les chaussons, mais de bons souvenirs), les premiers chaussons Dolomite (beaucoup mieux). Le premier article, l'envahissement des gars du nord (pour ne pas dires les Parisiens), puis les hordes Germaniques. La première interdiction de grimper, puis les problèmes avec les riverains... Je tire ma révérence et me tourne vers d'autres horizons, tout en gardant ce bout de paradis dans un coin de mon cœur. Il y a quelques années, j'ai acheté une ruine dans la région... pour plus tard...Michel Fauquet Tchouky

 

François Legrand
Lorsque Snoop m'a contacté pour me demander d'écrire à propos de Buoux, j'étais super emballé. Ensuite, quand j'ai voulu m'y mettre, je suis resté perplexe. Comment parler de ce que représente Buoux pour moi en quelques lignes, même quelques pages ? Trop de choses se bousculaient dans ma tête. Car il faut que je vous dise un truc : Il m'est à peu près tout arrivé à Buoux !
La toute première fois que je suis venu grimper à Buoux, c'était en plein été pour les vacances et il avait fallu négocier dur avec mes parents pour qu'ils me laissent partir. J'avais à peine 15 ans, je vivais à Grenoble et je faisais de l'escalade en famille depuis mon plus jeune âge (un peu par la force des choses avec un père et un grand-père guides de haute montagne), mais avec une pratique et un état d'esprit pas vraiment tournés vers la performance. C'est à cette période que je me suis mis à grimper aussi de mon côté avec mes potes du lycée. C'était l'époque de « l'explosion » de l'escalade moderne avec les films de Patrick Edlinger où l'on découvrait les falaises de Buoux et du Verdon. Nous on ne pensait qu'à grimper et moi je rêvais jour et nuit de ces falaises du sud. Je suis donc parti à Buoux avec Bruno Clément alias Graou. On a mis toute la journée à descendre de Grenoble « en stop » et quand au soir on est enfin arrivé, on a juste caché nos affaires derrière le premier rocher venu et je me souviens très bien qu'on est s'est précipité comme des fous en traçant tout droit à travers la forêt jusqu'au secteur le plus proche de là. C'était le mur du Styx. Et là, on a eu juste le temps de faire 3 voies avant d'être totalement dans le noir : Mélodie Gaëlle (6b), Buffet froid (6b+), et un superbe 6c+ juste à droite : Ultime violence. C'est un souvenir incroyable : ce jour là j'ai réussi ces 3 voies à vue, alors qu'à Grenoble la voie la plus dure que j'avais enchaînée, c'était du 6b ! J'avais la sensation d'être inspiré, je n'avais qu'à me laisser aller. A Buoux, c'est facile de trouver les prises à vue car c'est assez compact. Le rocher est pur et tu vas naturellement de trou en trou, tu poses les doigts dans des préhensions pas trop contraignantes pour les articulations, et j'avais l'impression de grimper instinctivement, sans lutter, sans forcer ou avoir à réfléchir. Dans ma tête, ça a été le choc : après un voyage un peu aventureux et galère, j'explose ces 3 voies à vues et mon score par la même occasion. J'étais en plein rêve. Et ça pour moi, c'est ce qui m'a donné le goût de partir à l'aventure pour l'escalade.
Quand j'ai découvert Buoux, c'est donc au moment où ma passion pour l'escalade se déclenchait vraiment. Et les années qui vont suivre je ne penserai qu'à retourner à Buoux à chaque fois que je le pourrai, pour y grimper avec Graou et Yann (Ghesquiers), ou avec mes potes du lycée, Olivier, Jean Luc et les autres... Ca a été l'époque où je suis passé du 6b au 7c en 1 an. C'était une période où je découvrais tout. A 15 ans, j'avais parfois peur de grimper en tête, et à 16 ans j'essayais de nouvelles cotations presque à chaque séance tellement mon niveau changeait vite.
J'ai alors été soudainement stoppé dans ma progression par un accident, le plus grave de ma vie, et c'est aussi à Buoux que c'est arrivé. J'ai fait une chute au sol de 20m... résultat : 3 vertèbres et les poignés cassés, avec plusieurs semaines d'hospitalisation, une très longue période d'arrêt et beaucoup de rééducation ! J'ai donc aussi vécu « le pire » à Buoux... j'ai vraiment cru que je ne pourrais plus jamais grimper ! Mais ce qui aurait pu me couper dans mon élan m'a transformé en fait. Dès que j'ai pu, j'ai voulu briser cette barrière psychologique en retournant à Buoux pour ma première reprise. Je me suis alors organisé un voyage avec mon ami d'enfance, Damien. J'y ai grimpé dans des voies beaucoup plus faciles, pour me rassurer dans un premier temps, et avec pour objectif ultime d'enchaîner la voie où j'étais tombé (L'escoube, 7a). Lorsque j'y suis parvenu, j'ai compris que les seules limites qui existeraient dans ma vie seraient celles que moi, ou d'autres me mettraient dans la tête. Alors, quelques mois plus tard je décidais définitivement de faire de l'escalade mon activité professionnelle, et cela même contre l'avis de mon père. J'ai dû partir du domicile familial et je choisissais alors de vivre à Buoux, au cœur des falaises, en squattant la grotte du secteur « la Plage » (en plein hiver, j'avais vraiment mal choisi ma période !). Mais bon du coup, je me suis vraiment confronté à ma passion dans des conditions extrêmes. De toute façon je ne me voyais pas faire demi tour dans ma démarche, pas question de rentrer chez mes parents car j'avais coupé les ponts avec eux ! Les conditions hivernales étaient assez rudes, mais comme j'ai tenu le choc, ça m'a prouvé que je ne me trompais pas dans mon choix.
Buoux, c'était le site majeur de la décennie, et durant ces quelques mois où j'y ai vécu, j'ai pu rencontrer tous les meilleurs grimpeurs français et étrangers. Je crois que beaucoup m'ont pris pour un fou ou un ermite égaré ! Et c'est aussi à Buoux que j'ai croisé Yuji pour la première fois, sans savoir qu'un jour nous partagerions appart', séances d'entraînement et podiums durant plusieurs années. C'était une période incroyable.
Pour moi, le souvenir le plus marquant et le plus fort de l'époque est le jour où j'ai eu la chance extraordinaire de « surprendre » Antoine le Menestrel dans « Les mains sales » un 8b en face Ouest, un secteur interdit maintenant. C'était une des voies les plus difficiles de l'époque, très complète et où tu peux facilement tomber à plusieurs endroits. Elle était très technique et demandait aussi force et conti. Pour moi Antoine regroupait toutes ces qualités. Quand je suis arrivé, il était seul avec sa copine à l'assurage et s'apprêtait à commencer la voie. On sentait une grande concentration en lui, comme toujours. Y'avait pas un bruit et j'avais tellement peur de le déranger que je suis resté caché, interdit devant la beauté de son ascension, sa concentration. C'est un des plus beaux moments que j'ai vécu en escalade de toute ma vie. J'étais pétrifié par l'admiration et le respect. Je lui ai confié seulement bien des années plus tard que j'étais en train de l'observer ce jour là.
Aujourd'hui, je pense avoir fait 95% des voies de Buoux. C'est tellement vaste, avec plus de 600 voies c'est sûr. En un seul lieu sont réunis toutes les possibilités : grandes voies où couennes dans tous les niveaux, avec des orientations différentes par rapport au vent ou au soleil, et des styles de voie très variés (de la dalle jusqu'au gros dévers, en passant par les bombés caractéristiques de Buoux et les bonnes vieilles fissures !)... Ca me rappelle les premiers camps entre jeunes de Grenoble ; le soir on scrutait le topo et on ne savait plus où aller tellement tout nous attirait et nous excitait. On n'avait que l'embarras du choix.
A chaque fois que je retourne à Buoux, j'ai toujours le souffle coupé par la beauté du site. Avec tout ce qui s'y est passé pour moi, et sans faire de « nostalgie » à outrance, je ressens quelque chose de particulier, comme lorsqu'on rentre chez soi et qu'on perçoit les signes précurseurs en chemin, les odeurs, les sons, la lumière. Buoux fait partie de moi. Buoux c'est « chez moi ».
Alors lorsque j'amène quelqu'un pour la première fois à Buoux, c'est comme si je lui faisais visiter ma demeure, et j'ai envie qu'il en voit le plus beau.
Ce site m'a forgé et c'est à Buoux que je reviens dans les moments difficiles de ma vie comme dans les plus heureux. Alors, si vous campez la nuit et que vous entendez du bruit sur la falaise, ne tirez pas ! Ce n'est pas un animal sauvage qui va vous attaquer mais seulement moi en train de grimper dans le noir pour réfléchir ou prendre l'air tout simplement. François Legrand
 
Le Pef
Salut Françoise,
... Bien que je ne grimpe plus trop depuis 4-5 ans , mon esprit vagabonde toujours dans les parois que j ai eu la chance de croiser.
Bien entendu "Buoux" reste et restera dans mes tripes jusqu au bout... Comment expliquer tout ça...
J'ai découvert l'Aiguebrun avec la bande de lyonnais quand on descendait en raid compact les week-end d'hiver( je ne me rappelle plus l'année) , avec des challenges pour ne pas payer l'autoroute !
Puis ce fut les étés à bivouaquer sur le plateau des Claparédes avec des campements de semi nomades un peu partout : celui des parisiens avec comme maître d'œuvre Marc le Ménestrel qui écoutait à fond du classique autour du feu le soir accompagné de substances illicites... Celui des suisses qui se courraient après pour se passer les c..... à la moutarde !!!
Des grands moments de n'importe quoi mais qu'est ce qu'on s'est marré !!!
Et puis le rythme "classique" de la journée dicté par la recherche de l'ombre .
Le matin la face ouest avec des ouvertures « Coco caline » avec Dominique Badoil pendu par un pied uniquement retenu par un prussing et qui beuglait comme un cochon et à qui on demandait de fermer sa gueule car Maître Marc tapait un essai dans les mains sales...
On s'est rendu compte après de sa mauvaise posture quand MArc a pris son énième râteau avant le relais).
Puis l'après midi à la piscine à faire les kékés devant les gonzesses, histoire de faire passer la boule au ventre avant d'aller taper des essais dans les dévers... P... Qu'est-ce que les caprices d'Anatole ont pu me tordre le ventre avant de réussir à choper ce p... de bi-doigt après le croisé !!!
Puis ce fut l'époque du camping l'hiver à Apt. Là aussi de grand moments, à traîner sa peine en attendant qu'il arrête de pleuvoir...
Merci a toi et à ta caravane que « Grazouille » gardait (elle nous a permis de manger au chaud moult fois !!!) et rejoindre sa tente avec les karrimats qui flottaient dans l'eau avec le Nicolas Richard fan des redsocks !
Mais bon on arrivait à faire des croix dans le 7b/c ( « Chouca », « Parties carrées et ses mono-doigts du démon)en chopant l'onglée.
« Chouca » , dont j'ai fait trois fois le bas ,départ au sol , et refusait de faire la dalle autant de fois !!!
Il y a eu aussi l'épisode ou j'ai vécu avec la bande de japonais (les grands débuts de Yuji , p.... ce qu'il était souple ce lascar !!!)dans un appartement à Apt. Avec la proprio qui me courrait après pour qu'ils (les japs) lavent la cuisine ! Tu m'étonnes la cuisinière ressemblait à la base de lancement de la fusée Ariane !!!
Mon premier 8a avec la « Diagonale du Fou » au premier essai, le tout torché en 30 mn tout compris ...
Et puis après on passe à un autre monde !
La décision de vivre à Buoux avec mon installation au Jas durant 7 années ou la grimpe, l'amour de cet endroit, la nature brute et si belle, les gens qui y vivent et qui m'ont permis d'y vivre (Merci à Pierre Pessemesse) se sont mélangées dans ma vie pour donner un cocktail explosif !
Citons P'tite Nat, Joel , Grazouille Chéquier, Jo Bouc ... Tout ce petit monde rigolait, grimpait dans une ambiance excellente !!!
On vivait de petits boulots pour pouvoir aller se tirer les doigts dans les dévers( entre autre ) de Buoux avec des pauses sur les falaises alentour ... et puis plein d'ouvertures de bloc , de voies ( "Petit cali" , un beau morceau qui m'a pris du temps à équiper ...) , à grimper ça a été plus rapide : un beau jour d'hiver avec Jo Bouc juste avant le coucher de soleil !!! Que du bonheur !
Et encore je ne parle pas des autres ouvertures dans les endroits interdits... Le" sky is crying" est pas mal dans le genre, merci Grazouille....).
Enfin bref , il n'est pas aisé de résumer une bonne tranche de brie sur du
papier , mais ça fait du bien d'en parler !!!
Depuis bientôt 10 ans j'ai quitté ce vallon magique, j'ai énormément voyagé, encore grimpé beaucoup en Grèce, j'ai eu 2 filles, arrêté l'escalade MAIS quand je n'arrive pas à dormir ou que je suis stressé je ferme les yeux et je refais les mouvements de « Petit cali », « Chouca » ... ou je me ballade sur les hauteurs du vallon un beau jour d'hiver ou ça colle et la tout va mieux..... je me sens en paix !!! Tu vois, là je suis au Pakistan ou je bosse comme agronome pour le comité international de la croix rouge, et toi ,avec ton mail tu me ramènes à mes plus belles années de grimpe et de vie.... Car l'adrénaline que j'ai recherché à Buoux en grimpant je la retrouve dans mon travail ou les conditions sécuritaires sont équivalentes à un bon râteau dans la "mission" si tu ne mousquetonnes pas le dernier point avant le relais (autrement dit calculé mais qui te chatouille un peu le nombril....) Merci à toi et porte toi bien !!! PS : je ne pourrai pas être a Buoux début mai car je parle fin avril pour le Soudan avec ma petite famille, mais la biz au vallon de ma part . Pierre François Grange

 

Buoux : Marco Troussier

A bien des égards, la falaise de Buoux incarne toutes les évolutions que l'escalade mondiale a connues depuis vingt ans.
Comment est-on passé d'un lieu obscur à la notoriété planétaire des années quatre-vingt puis à nouveau à la quiétude du nouveau millénaire ?
Certains grimpeurs, ne connaissent pas Buoux, ils n'y ont jamais grimpé. Horreur absolue !!! Ils n'ont jamais mis les doigts dans ces trous qu'on y rencontre et ne savent rien de cette portion d'histoire qui s'est écrite dans ce vallon.
Flash back.
Fin des années soixante dix. Les fondements de l'escalade libre peinent à s'imposer en France. L'Angleterre et les Etats unis ont focalisent l'attention de tous les nouveaux grimpeurs, la terre promise (un fois n'est pas coutume, n'est ce pas George W), se trouve outre Atlantique. Les ténors de toute l'Europe, vont retrouver la poussière californienne de camp 4, son escalade flippante sur coinceurs, ses mouvements tout en épaule. C'est à peine si l'on sait outre atlantique que le calcaire se grimpe quelque part dans le Monde. L'Europe ? Un pli sur la carte. La France c'est Chamonix, les Calanques, quelques grandes parois dans le vercors. Fontainebleau existe bien sur, mais ce n'est pas encore la Mecque que l'on connaît de nos jours et aucun américain n'en a entendu parler. Sharma, Graham et Ondra ne sont pas encore nés !!!Il faut se souvenir que l'escalade n'est pas encore un sport.
A Buoux, il y a des « ouvreurs ». Ce sont d'abord des locaux qui s'attaquent à certains boyaux en fissure et des plus jeunes qui se sont habitués aux dalles des Calanques et qui hésitent de moins en moins à explorer les portions vierges entre les fissures. Buoux devient peu à peu une destination du printemps et de l'automne. Il faut attendre les années quatre-vingt pour que la soif d'ouvrir et que de nouveaux aventuriers explosent le potentiel de la falaise. Dès que la technique d'ouverture du bas fait place à l'équipement par le haut les lignes de grimpe vont se multiplier. On équipe et on tente aussi de « libérer » les lignes. Jean-Claude Droyer , Jean Pierre Bouvier et déjà Patrick Edlinger, n'ont pas manqué ce vallon. Surtout Droyer qui essaie de libérer les ventres aux trous incroyablement sculptés. Nos grimpeurs abordent la décennie « quatre-vingt » avec une grande soif de premières et la volonté de faire exploser les standards comme partout dans le sud et dans le monde. L'escalade libre se répand dans toute l'europe.

Place aux jeunes !!! Les vieillards au rancart !!!
Ce sont les jeunes grimpeurs du Nord qui vont inscrire les plus belles pages de cette nouvelle histoire. On les appelle les « Parisiens », ils se nomment Tribout « JB », les frères Lemenestrel (Antoine et Marc), David Chambre, Fabrice Guillot et Laurent Jacob le doyen qui fait office de grand frère. En 1983 c'est littéralement l'explosion. Nos amis ont déjà bousculé les hiérarchies dans le Nord au Saussois et ont écumé les voies les plus dures. Les frères Le Menestrel apparaissent comme de véritables prodiges. Ils vont définir le profil du « jeune virtuose » à la Robby Naish. Ils sont jeunes, incroyablement talentueux et dotés d'un féroce appétit d'ouvertures. Avec « JB » Tribout (autre mangeur de parois à l'appétit insatiable), ils vont jeter des cordes dans les surplombs et dans les dalles les plus mystifiantes. Les lignes sont repérées, équipées, à la main d'abord puis avec le perforateur à accus. La méthode est radicale car ils vont aussi transgresser quelques tabous. Le premier consiste à véritablement « peaufiner » l'équipement. Les trous si douloureux sont ébardés à la lime, les prises sont soigneusement brossées et parfois renforcées avec le Sikadur qui fait merveille. Voilà pour le terrain. Pour la méthode les choses vont aussi radicalement évoluées. Patrick Edlinger avait défini une sorte de norme d'escalade qui consistait à tenter avant toute chose les voies « à vue » et avec panache s'il vous plait. Si l'échec était au rendez-vous, le grimpeur n'était pas à la hauteur, tout simplement. Passer des jours à travailler un problème lui paraissait comme un aveu d'impuissance.
A Buoux nos amis ne s'embarrassent pas de ces fioritures. Pour eux seul le résultat compte et le « travail » des voies devient, sinon la règle, en tout cas une option qu'il faut envisager sérieusement et avec un tantinet de rationalité. La démarche est plus radicale qu'il n'y paraît car ce groupe de jeunes boulimiques, impose les fondements de ce qui va faire l'escalade contemporaine. Equipement de lignes futuristes, entraînement forcené, grand nombre de tentatives se soldant toujours par la réussite. Découvrant ces méthodes à un age ou le corps est particulièrement adaptable, les qualités physiques de nos grimpeurs vont faire un bond prodigieux. C'est aussi en technique gestuelle que le gain va être énorme et ce n'est pas un hasard si c'est Antoine Le Menestrel qui réalise les premiers 8A à vue en France, et si c'est Marc qui enfonce la porte de la difficulté avec Rêve de Papillon (8A, brutal), Chouca (d'abord 8B puis 8a+), les Mains sales (8B) et le Minimum (8B+), qui n'a pas perdu une ride voir gagné un degré avec le bris d'une prise de pied. Antoine accompagne ce mouvement avec la Rose et le Vampire (8B)et ce mouvement mystifiant qui fera le tour du Monde, puis La rage de vivre qui enquille le 8b de la Rose avec le 8a de la Secte, pour un 8B+ qui préfigure les grands challenges en 8C. JB n'est pas en reste car il répète tout ce qu'il y a de plus dure et laisse aussi sa marque. Le spectre du Surmutant (8B+) parcourt les grands surplombs ce qui fit dire à un américain très fort que l'on grimpait à Buoux dans des surplombs sans prises, là où les Américains gravissent des fissures évidentes.
Peu de grimpeurs hors de ce groupe auront pu suivre ce mouvement échevelé. Patrick Edlinger en réalisant les premiers 7C à vue de Buoux avec haussé le ton. En gravissant aux Confines (falaise devenue interdite), la belle ligne de « ça glisse au pays des merveilles » il avait marqué le premier 8a.
Didier Raboutou, avait profité de cet élan pour rentrer dans le club très fermé des grimpeurs extrêmes.Nos amis anglais (Jerry Moffat et Ben Moon) avaient pris l'habitude d'établir leur quartier d'automne à Buoux pour répéter les dernière « extrémités » voire pour en rajouter comme ce premier 8C (Les Barouilles/Azincourt) que gravit Ben.Buoux fut en son temps la terre promise des grimpeurs. On y allait comme il faut aller à la Mecque et comme on va aujourd'hui à Céuse pour côtoyer les mutants et voir les voies les plus dures du Monde.Y venir aujourd'hui est donc une suite logique dans la carrière d'un grimpeur.L'occasion qui vous est donné est donc à saisir ! Venez nombreux !

Marco Troussier

 

 

Bruno Fara

Ma première visite à Buoux remonte au 3 novembre 1972. En remontant des Calanques, Jean-Marcel CHAPUIS a voulu me faire connaître cette école alors peu fréquentée. Nous n'avons fait qu'une voie (« la Marine »), mais je fus sacrément impressionné ! Il connaissait par le biais de la F.S.G.T (notre club de l'époque) car la section Marseillaise avait organisé en 1969 un rassemblement à Buoux lors de sa fête annuelle des Carnutes... Pour fêter l'ouverture du « Pilier des Fourmis » ils avaient, m'a raconté Jean-Marcel, enflammé une coulée d'essence dans le bombé final ! ! !
Dans ces années 1972/1973 nous fréquentions plus les Calanques et Buis que le type d'école comme Buoux (je n'y suis revenu qu'en mars 1974). Il faut dire que le rocher semblait à l'époque impossible même en artif. Je n'aurais jamais imaginé que des voies puissent exister dans le mur du Styx .... Et que
dire dans les toits du bout du monde ! ! !.
Les voies sont équipées du bas dans les lignes naturelles (« le Tozal », « la Marine », « le pilier des Fourmis ») nous les gravissons en artif et une voie dans la journée suffit à la satisfaction des grimpeurs... ils ne pratiquent en école d'escalade que de l'alpinisme "modèle réduit" et non le type d'escalade
sportive en vogue actuellement.
Les voies sont peu nombreuses mais les secteurs interdits aujourd'hui comme les Confines ou le Fort sont les seuls vraiment fréquentés. Tous les grimpeurs se connaissent et Raymond Coulon forgeron à Buoux (un parisien exilé...) transforme son salon en QG chaque WE... Les Habitués de l'époque sont, outre le forgeron, Pierre Gras, J.P Fédèle, le père Gorgeon (Bernard et Daniel ont ... une dizaine d'années tout au plus quand je les croise pour la première fois), Jean Gay ... etc.Nous sommes "les Lyonnais" et nous prenons l'habitude de descendre chaque long WE à Buoux, nous logeons dans une borie, (aujourd'hui interdite et fermée), située au sommet des falaises. Et nous participons à la guéguerre anti-Droyer du côté Marseillais bien sûr !
A partir de 1980, Buoux (et le Verdon à un degré moindre), seront presque exclusivement nos sites pour pratiquer le libre. Les 67 voies que j'ai équipées à l'Aiguebrun donnent la mesure de ma passion... qui explique aussi, en partie, mon abandon de Presles durant 15 ans. Certaines voies comme "le bouclier" et « la Christofer » aux Confines ou « la Souche à Mex » à l'Aiguebrun sont des challenges respectables... et la longueur de « la Gougousse » au dessus de la niche reste la limite des possibilités humaines par son passage obligatoire (un petit 6a+)!
En avril 1974, pour avoir été à l'aise dans « la Christofer », j'ai fait l'aller retour au Verdon le lendemain ... tranquille dans ma tête pour affronter la voie de la demande !
Toutes ces anecdotes situent bien cette époque où les voies s'ouvrent du bas, même en école (les golots n'existent pas). Avec Bernard Macho, nous avons fait une tentative poussée le 7 septembre 1975 dans ce qui sera 15 ans plus tard, la voie "Excalibur". Bien sûr nos pitons classiques (il en restait un en place récemment), ne purent venir à bout du passage.... Buoux a marqué des étapes dans le libre en France, c'est certain, mais aussi dans ma vie.
Les bivouacs se sont déplacés de la Borie sur le plateau à la grotte de "Mythe errant" (au pied des Confines), puis une maison abandonnée entre Lourmarin et Bonnieux, une autre ruine ensuite entre Bonnieux et Apt, et pour finir, le célébrissime hôtel l'Aptois ... (en squattant une chambre à
plusieurs), sans oublier le camping lors des rééquipements, avec sa passionaria Lucette (aujourd'hui à la retraite).
L'escalade est passée de l'entraînement à l'alpinisme, vers la recherche de la performance. Avec une date marquante : la première voie ouverte avec des golots le 3 février 1982 !
Habitués aux chevilles auto-forantes de 8mm et 10 mm dans le calcaire de Presles, nous transférons les premiers, cette technologie à Buoux avec, (tout comme à Presles à la même époque), la conscience que les voies sportives modernes s'équiperont à présent essentiellement par le haut.
Dans la mollasse de Buoux, nos auto-forants ne s'expansent pas... et pour les faire tenir nous les enduisons de colle cyanolithe... qui donnera le nom à cette première voie technologique du Luberon ! Elle sera enchaînée en libre le lendemain par Dominique Marchal (dodo) et validée un bon 6c.
Les bleausards parisiens découvrent les fameux double expansions à la quincaillerie d'Apt, (sponsor involontaire de la falaise durant ces années), et à Lyon, je déniche le même modèle chez UPAT. Dans la foulée nous réalisons qu'un simple vilebrequin permet de percer le tendre calcaire de Buoux avec une mèche de diamètre approprié. Cette technique sera difficile dans les dévers car il faut appuyer sur le pommeau pour entamer la roche. Le travail reste néanmoins fastidieux et pourtant presque toutes les voies de Buoux furent équipées ainsi. Les perceuses à accus datant du début des années 90, c'est sans doute ce relatif manque de facilité, qui amena un équipement parfois espacé.
Les parisiens (Marc et Antoine Lemenestrel, JB Tribout, David Chambe, Fabrice Guillot et Laurent Jacob) tous excellents bleausards et techniquement plus forts que moi porteront ici l'escalade mondiale à son sommet. Quand à Bruno Fara et plus tard Serge Jaulin et Pierre Duret, ils équiperont un éventail de difficulté à tous les niveaux. Ce travail quantitativement plus important (mais moins médiatisé) que les 8b du bout du monde... fait que cette école de Buoux reste encore fréquentée. Le blond (Patrick Edlinger) qui dans le mur d'Autoroute traça des itinéraires côtés pendant quelques mois 2 lettres au dessus... reste "un
épisode", car il ne participa pas réellement à l'essor de Buoux. Côté Marseillais, les Frères Gorgeon et Pepsi furent aussi créatifs.
De mon côté à partir de 1982, l'évolution est en marche. Au début, je me contente de changer les points dans les challenges en libre mal protégés, puis ce sera l'exploitation de secteurs entiers ... Au Styx (« Recréactivité »... etc), en 1983. En 1985 Germanophobie marquera notre rancune envers les
étrangers inconséquents, qui par leur comportement firent interdire la falaise une année durant (et même à jamais pour les Confines...). Ils rentrèrent chez les gens pour se laver aux fontaines, bivouaquèrent dans les propriété privées, bloquant la minuscule route de la combe à Pâques.... un arrêté municipal d'interdiction en fut le retour de bâton.
Ensuite, il y aura les voies sous la plage, les voies à la plage, à la plagette, la vire des diamants et surtout le secteur entre la Fakir et le Tozal baptisé Signé Farax... (nom qui n'est pas resté !!!). Secteur qui était entièrement recouvert par un lierre gigantesque de 30m de haut !
Dans les années 1990, le rééquipement total de la falaise sera réalisé et le CD Vaucluse renverra l'ascenseur de mon investissement passé, (totalement bénévole, même les points furent de ma poche), en me confiant une part de ce travail rémunéré.Avec moi, d'autres Lyonnais participèrent à cette frénésie d'équipement : Rémi Escoffier, J.C Bérrard, Eric Revolle, Laurent de la Fouchardière entre autres.J'ai aussi participé à l'élaboration et à la diffusion des topos de Buoux 1991 et 1995, en 2004 une réédition s'imposait. Le CD 84 qui gère la falaise l'a fait avec mon assentiment. Quand à moi je passe chaque année 1 ou 2 WE à Buoux avec un peu de nostalgie. Je constate que certains de mes derniers projets ne sont toujours pas réalisés ! ! !
Si je n'avais qu'un souvenir de Buoux à raconter ce serait ce qui est écrit dans mon carnet au 28 mars 1986 ..."AUTOROUTE... tombé entre le dernier point et le relais... je ne mérite pas de vivre!", puis au 4 mai 1986 FLASH Z ... 18h30... après 4 mois de siège et quelque 40 assauts des troupes d'élite ... AUTOROUTE s'est rendu sans condition!
Buoux est effectivement l'école où j'ai progressé en escalade et ce 7c d'autoroute était dans la continuité de mon premier 7a, T.C.F (à l'époque 6c+), le 28 novembre 1982, ensuite « ESCOUBA » le 8 janvier 1984 puis SONGE SUCRE le 14 janvier 1984 .... et ensuite un millier d'autres 7a !
Après la dernière édition du topo, je ne suis revenu à Buoux que pour le plaisir car avec l'âge, la perspective des performances s'éloigne. Les deux chantiers de rééquipement sont aussi de très bons souvenirs, j'étais payé pour ce faire, et en plus, j'ai vécu des instants inoubliables de solitude,
à la nuit tombante au sommet de l'Aiguebrun...Bruno Fara

 

BUOUX - PENDU SUR L'ESCARPOLETTE

Parler de Buoux, c'est comme évoquer de vieux souvenirs d'adolescence, d'heures insouciantes et heureuses.
Nous étions jeunes, passionnés et parisiens sous le soleil du Lubéron. Cherchez l'erreur !
Plein de moments heureux passés sur ces bouts de molasse mais aussi dans les campements sauvages et les bories du plateau des Claparèdes, à jouer parfois au gendarme et au voleur avec la maréchaussée de Bonnieux, particulièrement lors des premières interdictions !

Mais parmi tous ces moments subsistent aussi toutes ces heures passées à équiper à une époque où les perceuses ne divisaient pas encore le temps de perçage par dix !

Notre équipement, principalement mis au point par Laurent Jacob, déjà très bricoleur : un tamponnoir rallongé afin d'installer de longs goujons volés à la quincaillerie d'Apt, susceptibles de tenir dans ce rocher très tendre.
une lime queue de rat pour repercer des plaquettes de 8 (...) diminuant ainsi leur résistance à des valeurs inavouables...
de vieux pitons, souvent fournis par Laurent, et récupérés du stock des aventures himalayennes de son père au Makalu et autres.
des jumars datant de nos premières aventures alpines.
Un jeu complet de brosses et des lunettes de protection (originaires de la même quincaillerie...), car la belle adhérence buouxienne se mérite à l'huile de coude.
L'indispensable Walkman (l'original bleu à cassettes évidemment) pour un voyage musical pouvant durer plusieurs jours, piles de rechange, eau, chocolat et cigarettes selon goûts personnels.
Et enfin la pièce maîtresse : l'escarpolette maison, savant bricolage de planche de bois, de mousse de vieux Karrimat et de cordelettes usagées, permettant de rester confortablement suspendu de longues heures dans les dévers.

Après une montée laborieuse sur le plateau, quelques repérages hasardeux pour fixer la corde au bon endroit, un départ dans le vide pénible avec tout ce harnachement, quelques pitons et crochets de fortune pour se positionner, et c'est parti pour un long voyage à ausculter chaque trous et réglettes, avec dans le dos le plus magique vallon du Monde. Quelques milliers de coups de marteau plus tard et le tour est joué.

Enfin, dernier plaisir avant le premier essai, la session de peinture du nom au pied, ou chacun selon son inspiration et ses talents artistiques laisse sa marque.

Heureusement la plupart de nos voies ont été rééquipées par la suite en scellements, ce qui a permis à certaines de devenir des classiques (pas toutes malheureusement, les plus hautes dans la grande face restant injustement délaissées) et de ne pas nous transformer a posteriori en meurtriers potentiels !

David CHAMBRE

 

Chouca 25 ans déjà
Le dimanche matin, lorsque nous nous préparions à aller grimper dans la forêt de Fontainebleau avec mes parents Jacques et Hélène, mon frère Antoine et ma sœur Séverine, il nous suffisait de sortir nos sacs d'escalade ou de prononcer le mot "Fontainebleau" pour que notre chienne Chouca, un labrit, se mette à bondir de joie et d'excitation. Chouca connaissait la forêt bien mieux que nous, ses odeurs et ses recoins, comme elle connaissait les falaises où nous allions grimper. Elle faisait de chacune de nos sortie une véritable fête. Lorsque nous grimpions à Buoux, elle était capable de faire tout le tour de la falaise et de nous attendre sur le plateau, en haut du pilier des fourmis, pour que nous redescendions à pied tous ensemble (on ne faisait pratiquement pas encore de moulinette à l'époque). Elle est morte au printemps de 1985, une nuit d'orage, alors que mes parents campaient sur le plateau de Buoux, au-dessus de cette partie de la falaise que nous appelons maintenant le "bout du monde". Lorsque j'équipai une ligne dans cet endroit magique cette même année, je décidai de lui donner son nom, et c'est pourquoi "Chouca" s'appelle "Chouca", sans "s" à la fin car il s'agit bien d'une chienne et pas d'un nom d'oiseau.
J'ai équipé Chouca en Août 1985, après trois semaines passées en Allemagne en Juillet, au Frankenjura et dans l'Altmütal. Nous grimpions en groupe, campant sur le plateau comme une tribu. Comme il se doit en revenant du Frankenjura, j'étais dans une période de forme. Pendant ce mois d'Août, je devais équiper et réaliser trois voies plus dures que toutes celles que j'avais réalisées : "Les mains sales" en face ouest à Buoux, "Le fluide enchanté" à Mouriès et Chouca au bout du monde. Chouca est la seule de ces voies qui n'est pas restée cotée 8b mais cela n'a que peu d'importance. C'était pour moi un saut dans la beauté de la ligne, dans le devers et la distance entre les prises, une nouvelle inspiration. De ces trois voies, Chouca est la dernière que j'ai réalisée et elle évoque pour moi une émotion particulière.
L'équipement, réalisé à la main au tamponnoir, prit près de trois jours, brossage compris. J'ai ensuite travaillé les mouvements quelques jours et j'ai commencé à essayer d'enchaîner, assuré par David Chambre et Frank Scherrer. Fin Août, il fallait se lever tôt pour avoir des bonnes conditions et je grimpais entre 7 et 9 heures du matin, juste assez pour trois essais. Pour autant, c'était plutôt agréable de passer tout le reste de la journée tranquille à la piscine des Seguins. Le premier jour, je tombai trois fois au-dessus du troisième spit, avant le grand jeté, car c'était là pour moi le mouvement le plus dur. Je n'avais pas vu l'inversée et faisais un mouvement aléatoire avec une prise plutôt plate main droite. Le deuxième jour, je tombai encore deux fois à cet endroit pour finalement tomber une fois au grand jeté. Le troisième jour, les mains en feu, je retombai encore au grand jeté, puis au deuxième essai au passage du "cacagnolet" (le nom de ce double monodoigt étrange mais naturel !). Après une journée de repos, j'enchaînai au premier essai. Le travail et l'enchaînement avaient pris moins d'une semaine.
Des trois voies que j'ai ouvertes cet été là, Chouca est celle qui de loin a attiré le plus d'attention et de répétitions. Je pense que c'est dû à la beauté du lieu, à la ligne et aux mouvements. Elle fût bien sûr essayée et répétée par mon frère Antoine et par Jean-Baptiste Tribout, dès leur retour d'Angleterre où ils avaient répété les voies les plus dures de nos amis Anglais, dont certains mythes de Jerry Moffat comme "Révélation". Je me rappelle aussi Alexandre Duboc et Alain Ghersen essayant et répétant la voie. Ils ont tous très rapidement trouvé un mouvement plus facile grâce à cette douloureuse inversée main gauche. Le plus gros problème restait le jeté. Assez vite, un consensus devait se faire que Chouca n'était pas plus dure que Le Bidule (Saussois), la Boule (Sainte Victoire) ou Geant Jones (Salève), trois références de 8a+.
Les années suivantes, je ne devais que rarement retourner faire Chouca, préférant La Rose et Le Vampire, un 8b ouvert par mon frère à gauche, ou le Minimum, un 8b+ que j'ouvris en 1986 et qui est maintenant 8c depuis qu'une prise de pied a cassé. Mais quand même, je m'amusais à enlever assez systématiquement le tas de pierres au pied de la voie. J'essayais d'inciter les grimpeurs à ne pas éviter le premier mouvement, une sorte de traction d'un bras sur un excellent bidoigt qui fait partie intégrante de la voie mais qui est trop souvent évité par les grimpeurs plus intéressés par faire la croix « Chouca » que par vraiment en faire tous les mouvements durs. J'ai même enlevé une chaise qui permettait d'éviter les 3 premiers mouvements ! J'ai trouvé aussi très intéressant le mouvement "figure of 4" qui rendait le grand jeté plus facile. Je sais que ce mouvement est parfois attribué à Tony Yaniro à cause des photos, alors qu'il est l'idée de Darius Azin, qui m'avait époustouflé la première fois que je l'ai vu faire ! Quoiqu'il en est, j'ai toujours préféré refaire le grand jeté, que j'adore. Il est d'ailleurs maintenant plus facile grâce au quart externe pied gauche qui à l'époque n'existait pas. En plus, depuis que la bague main droite a cassé, le "Figure of 4" n'est plus vraiment faisable. Comme quoi rien n'est immuable.
Avec Bout'chou (8b+), mon frère Antoine proposait en 2001 une nouvelle sortie directe jusqu'au plateau, offrant une nouvelle jeunesse à cette voie de maintenant 25 ans. Première voie à droite de la fissure Serge dans ce grand mur du bout du monde, Chouca continue de nous inspirer et de nous régaler.
Et moi, j'ai encore le cœur qui se serre et les yeux qui s'embrument en pensant que quelque part, l'esprit d'une chienne fantastique nous regarde et fête par son excitation cette joie de grimper dans des endroits merveilleux.

Marc Le Menestrel, Décembre 2009

 

 

LA ROSE ET LE VAMPIRE - 1er ascension : 1986
Ouvreur : Antoine Le Menestrel - Cotation : 8b (un des premier 8b Français)
Texte écrit entre 1986 et 2009

PRESENTATION
Les falaises de Buoux, c'est toute une histoire, depuis les premières voies ouvertes en artif à l'aide de pitons forgés jusqu'aux passages top niveau Je vous raconte mon Buoux et sa célèbre voie « la rose et le vampire ».
Grimper, c'est une histoire que l'on vit. La vie est une voie. L'escalade nous révèle, à travers le miroir de l'ascension, des facettes de nous-mêmes. La hauteur engendre l'engagement, notre compagnon de cordée assure notre vie. Au pied de la paroi, le choix d'une voie exprime un désir. Je choisis un univers une difficulté, un engagement, la beauté d'une "ligne ", son histoire...A l'intérieur de ces contraintes s'exprime mon désir de grimper, telle une faim primitive. Buoux, c'est un lieu magique. Si le désir monte en moi, c'est qu'une histoire vécue va émerger à la surface de mon être, comme des bulles de champagne dans un petit coin de paradis où l'Aiguebrun coule toute l'année.

 HISTOIRE
La vie à Buoux a commencé dans les rochers, il y a 125 000 ans. L'homme de Neandertal y a vécu durant près de 90 000 ans. Plus tard, après la dernière glaciation du Würm, des grottes furent occupées au Néolithique, vers 6 000 av. J.-C. comme lieux funéraires, près de 200 tombes sont creusées à même le roc.
Durant le haut Moyen Âge, le vallon de l'Aiguebrun fut sans doute un centre érémitique, sans doute influencé par une forme d'ascèse qui nous vient de Syrie : le stylitisme (grec stylos : colonne). Ces " athlètes de Dieu " vivaient sur de hautes colonnes, dans une immobilité absolue. Les cuves, escaliers, trous de poutres et rigoles peuvent leur être attribués.
La version plus scientifique et officielle date ces tailles dans la roche aux Carolingiens (IX siècles), lors de périodes de surpopulations.

 LE ROCHER
La falaise est formée de molasse urgonienne, datant du Miocène (-25 à -12 millions d'années). C'est une roche sédimentaire, née de l'empilement successif de dépôts marins : en escaladant un mètre de rocher, on parcourt en moyenne une vingtaine de millénaires de l'histoire de la terre. La roche de Buoux est unique et recherchée : sans fissures, elle résiste au gel et donc au temps. Son nom latin mola : meule vient de ce qu'elle était utilisée pour tailler les meules de moulin. Les formes de la falaise sont rondes et chaleureuses, voire voluptueuses et colorées.

 L'OUVERTURE
En 1985, nous étions quelques-uns Laurent Jacob, Marc Le Menestrel, Jean-Baptiste Tribout à l'affût de lignes toujours plus extrêmes et réalisables. C'est Laurent Jacob, pour qui l'ouverture est une passion intarissable, qui nous initia aux joies de l'équipement; découvrir une ligne, la préparer au mieux afin que les grimpeurs aient envie de la parcourir, enfin avoir l'honneur de signer son nom au pied après l'avoir réalisée en libre. Il perfectionnait sans cesse ses outils; escarpolette, tamponnoir rallongé, chignole, il ramenait aussi des points d'assurage en les cachant dans son string pour toute la bande d'ouvreurs que nous étions. Nous ne voulions pas forcer un passage en créant une voie de toute pièce mais nous cherchions à nous adapter au rocher et suivre le chemin dans lequel la partition minérale nous emportait. Il ne s'agissait pas de rentabiliser un morceau de caillou, mais de suivre l'appel
d'une belle ligne. C'est un honneur pour nous ouvreur d'être en contact avec un espace vierge.
Il en reste peu sur terre, ils sont précieux. Notre travail d'ouvreur sera de dompter la roche nue et de prolonger la création naturelle en la transformant. Voilà ce que j'appelle être créatif dans l'adaptation au rocher...Lorsque nous descendions en du haut, une question nous hantait : Y avait-il suffisamment de prises pour grimper? C'était notre plus grande inconnue. Le jour où je suis descendu pour la première fois ce fut comme voir une merveille, les prises étaient là, mais elles étaient trop petites pour la gravir à cette époque là. Malgré tout, ma rage de grimper me poussa à consolider des prises et à en agrandir d'autres, une seule prise taillée est surgies du
néant, un bi doigt que j'ai taillé pour les grimpeurs de petite taille. Le rocher dictait mon travail, mais j'apportais une part de création supplémentaire aux passages. Ou était la limite entre l'amélioration et tailler une prise ! Mon appréciation personnelle était mon unique juge. Quand j'ai équipé cette voie, je lui donné une direction; verticale. Ensuite, j'ai adoucie les prises à la râpe pour ne pas qu'elles fassent mal. Avant l'apparition du libre cette pratique n'existait pas on n'intervenait rarement sur les prises car on ne travaillait pas les voies mais avec l'escalade libre, c'est devenu inconcevable de répéter un mouvement sur une prise coupante. Pour moi, améliorer les prises était déjà un manque de respect pour les générations futures. Mais je voulais ouvrir cette voie pour la ligne, la gestuelle, le chalenge de sa cotation
et j'allais léguer cette voie à la communauté des grimpeurs. L'envie de m'exprimer en ouvrant une voie sur le rocher devait s'arrêter là. Tout n'était pas possible. Apres cette ouverture j'ai pensé que j'avais trop forcé le rocher. Je n'étais plus créatif dans l'adaptation au rocher mais je devenais créateur de voies. C'est l'apparition des murs artificiels qui m'a permis de canaliser cette créativité : en falaise, désormais, j'allais ouvrir des voies en respectant notre terrain de jeu. Je pourrais créer sur les murs artificiels qui étaient un support vierge et un " exutoire " à mes rêves inassouvis de voies originales. C'est ainsi que je suis devenu un créateur de voies sur mur artificiel, puis le premier ouvreur international pour les compétitions. Je disposais les prises écrivant une partition gestuelle dont la dramaturgie était révélée par les compétiteurs. Et cette écriture gestuelle se traduisait par des mouvements physiques, en déséquilibre, d'engagement. Cela m'a amené à séquencer le type de difficulté que je pouvais rencontrer. J'ai découvert que j'étais un chorégraphe !

 Un CROISE DE REVE
Mais en forçant la nature, j'ai aussi engendré une attitude créative qui m'a permit de découvrir le " croisé de la Rose " un mouvement qui n'existait pas à l'époque dans le vocabulaire de l'escalade : le bras gauche va si loin chercher une prise à droite qu'il entraîne la tête sous le bras droit; ce mouvement m'ouvrait le visage sur l'espace et le monde qui m'entourait, créant une relation avec l'assureur et les grimpeurs. Avec ce nouveau mouvement, je découvrais une autre dimension de l'escalade, je pressentais mon futur métier d'artiste de la hauteur. C'est un mouvement fondateur car il m'a permis d'être en hauteur et de créer une relation avec le public. Un an plus tard je dansais sur les murs et ce geste est devenu incontournable de mes
danses verticales. Je l'ai exporté sur des décors de spectacle et sur les murs des villes. Cette voie a beaucoup compté pour moi, elle m'a transformé et a changé le cours de ma vie.Notre pratique de l'escalade évolue sans cesse, et la richesse de notre activité c'est la diversité des approches, chacun sa voie.

 GRISER LES PRISES TAILLES
2O ans plus tard ce qui me plait toujours dans l'escalade libre sur site naturel, c'est être en relation intime avec le rocher. Moins il y a d'intervention humaine d'acte volontaire et de création de prises sur le rocher, plus mon être-grimpant pourra être en communion avec l'esprit du rocher. La taille de prises suppose une relation avec un ouvreur. C'est sur mur artificiel qu'il s'exprime le mieux. Je me suis pris au jeu de « GRISER » les prises taillées comme on a jauni les clous et de me servir que des prises naturelles. Je me suis inventer une autre façon de grimper.

« Griser » les prises c'est :
Rendre le rocher symboliquement plus proche de son état initial.

S'enivrer d'une purification
S'exalter gestuelle ment dans un mouvement naturel.
Faire naître en nous un élan créatif.
Au début de l'escalade libre, on jouait à peindre en jaune ou jaunir les clous qui ne servaient plus à la progression. Parallèlement, j'ai constaté que je ne supportais pas de grimper sur des prises taillées, je ne ressentais pas le plaisir du geste et de sa relation au minérale.
Partant de ce constat, j'ai joué à passer dans les voies à Buoux sans les prises taillées et j'en ai réalisé un topo. J'ai constaté qu'il y a même certaines voies qui sont plus faciles sans les prises taillées, que l'on peut répertorier les styles de tailles! J'ai ajouté "La Rose et le Vampire" dans le topo des voies grisées car j'avais volontairement agrandi un bi-doigt pour que les petits
fassent la voie. En intervenant sur une prise on commet toujours l'irréparable. Ce fût une véritable prise de conscience : la prise d'escalade était le talon d'Achille de notre pratique. Une prise est précieuse comme une pierre, « une prise précieuse » nous relie à la planète, on remonte le temps en grimpant sur du calcaire. Quand l'on commence la voie, on est
plusieurs milliers d'années en arrière, et quand tu montes, tu te rapproches du présent. Aussi, je trouve beau que la pratique repose sur quelques cm2 de minéral. Si un fou, un terroriste devaient abîmer des prises, cela serait irréparable. Finalement la pratique repose sur un consensus. Il s'agit d'un silence qui fait que notre pratique existe et qu'elle existe toujours.

 FLORILEGE SUR PRISES :
La prise est l'appui sur lequel repose notre pratique, l'escalade naît à la première prise et expire à la dernière prise.
Sans les prises, les grimpeurs n'existeraient pas, mais c'est dans l'entre deux prises que nous vivons l'escalade.Chaque prise est unique et fait partie du patrimoine minéral et gestuel de l'escalade. Elle est aussi le point faible de notre pratique, on peut volontairement les casser, les agrandir, les boucher, les tailler...Elles sont à la merci du vouloir de l'ouvreur et des grimpeurs. Elles ont aussi leur propre vie, elles s'usent avec le temps, se cassent sous les préhensions répétées, juste après une pluie elles deviennent particulièrement fragiles.La tendance d'une voie d'escalade est toujours de devenir de plus en plus dure et polie. Une prise s'use avec les passages, une prise est toujours victimes de son succès. C'est la vie d'une voie, restons poli avec les prises, acceptez-la telle quelle, essuyez vos pieds et grimpez léger.
Une prise a sa forme, sa dimension, son orientation, sa couleur elle est une note sur la partition minérale et nous sommes des danseurs qui interprètent cette chorégraphie. Nous sommes tel un caillou qui ricoche sur les prises.
Chauques prises à sa voisine. Le hors prise n'existe pas en escalade.
Une prise relie tous les grimpeurs, elle est notre point de contact dans laquelle nous laissons sueurs et sang, gomme et terre, magnésie et résine.
La prise est porteuse d'une inconnue, du mouvement qu'elle engendre.
La prise est porteuse d'une surprise.

La première ascension au BOUT DU MONDE
La première fois que j'ai découvert ce lieu, c'est après avoir coupé un arbre pour libérer le départ de la fissure Serge. On emprunte un bloc incliné telle une rampe de lancement pour déboucher au Bout-du-Monde. Un lieu magique ! D'imposants blocs de rocher gorgés de soleil jonchent le pied de la voie, de leurs pores émanent un parfum sableux aux couleurs désertiques. Je me souviens :Le soleil tombait au ralentit, les dernières rimes lumineuses s'entrelaçaient. J'apparaissais par cette porte sylvestre qui s'ouvrait sur le bout du monde théâtre de nombreux combats, je venais pour grimper. Toute la vivacité, toute l'énergie accumulée au cours de la journée se projetait dans cette voie. Lors de mes tentatives je me battais avec la même intensité avec la même rage avec ce désir de réussir mouvement après mouvement. Avant chaque essai, j'adoptais un rite particulier. Je nettoyais les prises. Je les prenais dans mes mains. Je les pétrissais sous mes doigts pour les apprivoiser et les préparer à l'effort qui allait suivre. Je les mettais en confiance afin que l'influx soit près à jaillir. Je m'encordais à mon assureur, un complice qui tenait ma vie entre ces mains. Au cours de mon élévation il dévidait la corde de son cerf-volant humain. D'un geste Bleauesque je faisais couiner la gomme de mes chaussons. Il me restait à mettre de coté tout ce brouhaha cérébral, à rentrer en symbiose avec les éléments ; la partition minérale, l'air, mon vide et le feu de ma respiration. Chaque fois, je tombais à quelques mètres du sol. Je me demandais ce qui me poussait à réessayer sans cesse. Etais je là sur terre pour réussir cette voie ?
Je n'avais pas le choix, elle était inscrite en moi, une vie pourtant ne pouvait se résumer à un mouvement. Je me sentais petit. Après les premiers blocages très physiques, j'atteignais rapidement les prises du passage-clé, un croisé de rêve qui se déroulait sur une plaque de rocher ocre ayant la configuration d'un cadre, d'un écran de cinéma. J'essayais de m'y confondre chutant toujours les mains au bords du cadre. Il me manquait la sensation d'un grand jour, d'un état de grâce que je ne cessais de susciter. Peu à peu les ombres s'étiraient, il ne restait qu'un dernier rayon de soleil, le spectacle s'achevait, les acteurs étaient exténués, frustrés. Nous reviendrons demain où un autre jour, car certain jour nous laissions la voie se reposer. Au pied de « la rose et du vampire » un nuage de moucherons volait au-dessus des chênes verts dans le dernier rayon de soleil. J'ai vu en contre-jour une chèvre grimpant dans un arbre au sommet de la falaise, c'était un très bon signe. La section difficile fut avalée dans une respiration, j'ai crevé l'écran. Au sommet de la rose le soleil disparaissait derrière la falaise, c'était bon signe. Ce n'était qu'une étape: la voie sans moi continuait. «La Rose et le Vampire » sont aujourd'hui une voie célèbre dans monde, j'en suis fière. En tant qu'artiste grimpeur je la considère comme une œuvre créée par l'alchimie d'une falaise, d'un auteur et d'un mouvement libre. Au delà de son escalade cette voie a sa propre histoire enrichie par tous ces ascensionnistes.
Le vampire c'est la voie et la rose est pour vous. Verticalement

Antoine Le Menestrel "Bordilles dans le sac, tu grimpes léger"

 

Bouil
Si il y en a un qui a été heureux dans sa vie... C'est bien moi !
Moi c'est Bouil... Né en juillet 1986, crétin des Pyrénées comme dit ma maîtresse Snoop, issue d'une grande famille de braillard... Le ton est ainsi donné. Très jeune à peine deux mois, j'ai été initié à l'escalade. Mes débuts n'étaient pas brillant... Trop petit pour faire les marches d'approche seul, je finissais régulièrement ce périple soit dans des bras soit dans un sac à dos. Je suis complètement tombé amoureux de Buoux à partir de septembre 86 et j'ai très vite compris que la falaise de l'Aiguebrun allait par la suite devenir ma dernière demeure. Ca commençait généralement toujours de la même manière. Le matin mais pas très tôt, Snoop ma maîtresse préparait son sac. Intérieurement je me disais qu'il allait se passer quelque chose !
Bouil....... J'entendais... je ne suis pas sourd  ! Allé viens on y va. Sauvagement je sautais dans la voiture... et en route vers de nouvelles aventures...
Il ne me fallait pas longtemps pour comprendre que « l'affaire «  allait se terminer à Buoux. J'en étais ravis d'autant que j'avais mes habitudes...
A la hauteur du panneaux « Buoux » au village, rien n'allait plus pour moi. Je commençais à grimper sur le siège avant pour finir à la vers de l'auberge de la Loube sur les genoux de ma Snoooop. C'est alors précisément à cet endroit qu'elle « lâchait prise » et me larguait sauvagement sur le bas côté de la route. Là il y avait deux options : Soit je passais devant, soit je passais derrière la voiture... Cela dépendait en fait de sa forme du moment et de son empressement pour se rendre à la falaise. J'en profitais pour faire quelques haltes vidange histoire de marquer mon territoire et hop la cavalcade repartait de plus belle.
A Buoux, j'avais donc mes habitudes.
Je n'étais pas pénible comme les autres chiens de l'époque à vouloir hypothétiquement rattraper un bout de bois qu'un éventuel grimpeur aurait pu me lancer. J'avais vite compris que concentrés sur leur escalade les escaladeurs avaient d'autres grattons à fouetter. J'étais pénible, je le reconnais, à ma façon. Je creusais, je creusais et je creusais... des trous dans le sol ! Dès fois carrément au pied des voies, dès fois un peu, plus loin car en creusant pour me donner de l'énergie je couinassait surtout lorsqu'une saleté de racine me résistait. Je revenais alors maquillé, plein de terre autour du museau mais aussi sur les pattounettes. J'en ai creusé des trous.... Falaise oblige !
Mon autre trip c'était d'aller mordiller « gentiment » les mollets des grimpeurs. Ca j'aimais ça mais des fois je me prenais des coups de pied dans le train d'atterrissage sans même avoir vu partir le coup.
Les périodes de froid voir de grand froid j'adorais aller me coucher sur les cordes. Pelotes en rond, le museau dans les pattes, j'étais pépère bien confortablement installé sur mes cordes préférées, les plus chaudes, les cordes Béal. La planque était généralement de courte durée car je me faisais éjecter sans trop rien comprendre du reste mais en comprenant toutefois que mon scouat venait de fouarer.
Les jours de grande déprime je m'en allais visiter la falaise à la recherche d'une demoiselle.... C'est alors que j'entendais d'un ton plus que super aigu : Bouilllllllllllllllllll..... Je pouvais être à l'autre bout de la falaise que j'entendais le signal et je savais je devais vite envisager un retour sinon ça allait chauffer pour mon matricule.
Côté bouffe, je ne mendiais pas de trop au pied de la falaise car j'avais aussi vite compris qu'à l'époque les grimpeurs mangeaient soit des graines soit des carottes râpées et que moi les graines et les carottes râpées ce n'était pas trop mon truc. Un jour j'ai dégoté un chapelet de petits saucissons bien secs. Je suis revenu avec au pied de ma maîtresse pour lui faire valoir que moi aussi j'allais à la chasse aux croix...
Un jour aussi j'ai eu droit à un super saucisson sec... Venu du ciel ! J'avais gagné ma journée... En fait c'est une stagiaire qui en grimpant dans la voie « confiture pour les cochons » s'est pris un saucisson sur l'épaule. Il provenait d'un grimpeur qui « saucissonnait » sur la vire des Diamants et qui avait malhencontreusement laissé tomber son casse croûte. Lorsqu'il est redescendu au pied de notre voie pour récupérer sa proie, nous avons fait les innocents... Un saucisson ? Non... pas vu ! J'ai souvenir qu'il était vachement bon !
Je me souviens aussi du vol plané que j'ai fait de la vire de TCF via le sol 7-8 mètres plus bas. Je mettais fait surprendre par un gros berger Allemand. De peur de me faire dévoré, j'ai reculé, reculé et v'lan en bas... Plus de peur que de mal. Du coup je n'ai pas aboyé pendant une semaine.
Et puis les années ont passées.... J'ai vu passer l'an 2000 et puis un beau matin d'octobre, alors que deux jours après je devais aller faire une virée aux Baléares, je ne me suis pas réveillé.
M'am Guignard et Snoop m'ont conduit dans ma dernière demeure.... Un petit coin tranquille dans le vallon, en face de l'os à Moelle qui était le secteur de la falaise que je préférais. Depuis 2000, je mate les réalisations dans ce fameux « os » et je peux vous dire moi qui n'ai désormais plus qu'à tenir les comptes, que réaliser à vue « Regard et sourire » un 7b+ seulement... Relève du top moumoute de la performance... Bouillllll

 

Thierry Nief
Humeur d'ouvreur...Extrait du Topo de Buoux 2004
Toi qui grimpe et qui ronchonne contre l'équipement parce que la voie est engagée ou trop équipée, que les points sont mal disposés ou bien encore parce qu'une prise est taillée... As-tu déjà équipé ?
Sache qu'il vaut mieux mettre un point cinquante centimètres à droite plutôt que dans une sournoise cavité. Sache aussi que certaines lignes se prêtent mieux que d'autres à l'engagement. Et si un jour tu équipes, tu t'apercevras toi aussi que suivant tes humeurs du matin, tes amours de la nuit, ton travail de la veille, tes envies du moment, un jour tu engageras, un autre tu suréquiperas. Dans une voie tu auras la patience de ne pas tailler, dans la suivante tu forceras le passage. Tu confirmeras qu'équiper, c'est physiquement dur et psychologiquement délicat. Ouvrir une voie est un acte consciencieux et responsable, la plupart du temps bénévole.
De Nombreux sites d'escalade de France ont été équipés de la poche même des ouvreurs, aidés au mieux par les clubs locaux, les comités départementaux et régionaux de la fédération. Même si Buoux a pu bénéficier d'aides financières exceptionnelles pour le rééquipement des voies, tous ceux qui grimpent le font parce que d'autres ont pris le temps d'équiper...

Alors s'il te prend l'envie d'ouvrir une nouvelle voie, à Buoux comme ailleurs, respecte le travail des ouvreurs qui t'ont précédé. Prendre l'initiative d'ouvrir, ne te donne en rien le droit de faire n'importe quoi! Les falaises autres que celles autorisées à la pratique de l'escalade (des secteurs Ratière au Bout du Monde) sont des propriétés privées, laissées à l'état vierge pour des raisons de sécurité mais aussi de protection et de sauvegarde des milieux naturels. La mollasse calcaire de Buoux ne supporte que les fixations double expansions, ou mieux les rings collés au sikadur. La physionomie historique d'une voie, le caractère naturel d'une prise, la dimension d'une prise taillée, ne doivent jamais être modifiées. L'équipement en place dans les voies ne doit pas être transformé. La création de possibles variantes ou autres connexions, doivent se soumettre à l'accord de l'ouvreur de la ligne initiale.
Bref autant de savoir être et de savoir faire qui garantissent la richesse et la beauté de notre activité favorite. Sur ce, bonne grimpe à tous.
Thierry Nief.(2006)


Eric Garnier : « Extrait du topo de Buoux » 2007
Buoux, pilier de l'évolution de l'escalade libre et sportive...
La fin des années 1970.
Après l'ouverture des grandes voies du début des années 1970, où quelques passages de libre jusqu'au 6a sont réalisé, la nouvelle génération d'escaladeurs va tenter de « jaunir » les passages d'artifs, en grimpant sans s'aider des pitons pour progresser et se reposer. C'est l'explosion de l'escalade libre. Les plus actifs dans le vallon sont incontestablement Bernard Gorgeon,, son frère Daniel, Jacques Nosley, J.Keller, Philippe Borghy, George Giraud, et d'autres amis encore. Grâce à eux de nouvelles voies fleurissent au rythme des week-ends passés à Buoux.
Vers la fin des années 70, beaucoup de dalles sont exploitées (Sex pistol, PGF, Salinas, Transat). Buoux commence à être connu par les grimpeurs français. Certains viennent de loin pour découvrir les falaises des Confines et de l'Aiguebrun, notamment Bruno Fara, Laurent Jacob, les frères Troussier et Serge Jaulin. La traversée du Styx 6b+ ouverte par Pschitt, et la Rape 6b ouverte par Didier Bitoun et Gérard Merlin, sont les principales voies de l'année 1978. En 1979, c'est l'ouverture de Pepsicomane 6b parcourue en libre dès l'ouverture du bas par les frères Gorgeon et leurs amis. Ces trois voies considérées comme les plus belles du vallon, deviennent très rapidement les voies « à faire ». Elles marquent également la fin d'un période ou l'ouverture du bas semble de plus en plus limitée. Les années 80 : l'escalade sportive et médiatisée.
1980 est l'année charnière. L'escalade à Buoux va subir de profonds changements. Nous entrons dans l'ère de l'ecalade sportive. Dans le vallon, les problèmes de libre tombent un à un, et de nouveaux visages arrivent. Jean Pierre Bouvier libère la dernière longeur du Pilier des Fourmies 7a, Jean Claude Droyer réussit la troisième longeur de la Gougousse 7a+, Jacky Godoffe annonce 7c pour le Rut qui descend à 7a après la première répétiton de Patrick Edlinger. L'équipement change : c'est le temps des chevilles à expansion placées en rappel au tamponnoir et au marteau. Laurent Jacob est le premier à utiliser un vilebrequin muni d'une mèche à béton pour forer profond dans la molasse du Luberon. Philippe Macle aux Confines et Serge Jaulin (Schabada swing à l'Aiguebrun) utilisent les premiers scellements. L'emplacement des protections est consciemment choisis en fonction des prises mais aussi l'engagement que veut donner l'ouvreur. On aménage le rocher en brassant le lichen, en adoucissant les prises pour préserver les doigts des grimpeurs. Les prises taillées apparaissent plus fréquemment afin de faciliter ou de créer un passage. La valeur symbolique du sommet disparaît au profit d'un relais en pleine paroi. Une voie peut alors ne comporter qu'une seule longueur. Les ouvreurs cherchent la haute difficulté et l'échelle des cotations s'ouvre vers le haut. De nouvelles voies fleurissent aux Confines comme à l'Aiguebrun. Philippe Macle et Jean Marc Troussier descendent des Alpes tous les week-end et ouvrent de nombreuses longueurs : Buffet froid 6b+, Camenbert Fergusson 6c+, Kaderlita 7b+. les cotations flambent ! Patrick Edlinger met la barre très haut avec Viol de Corbeau en 1981, annoncé 8a, redescendu à 7b+. Laurent Jacob équipe en 1982 L'autoroute du soleil 8a/b, aujourd'hui 7c.
C'est aussi en 1982 que le niveau « à vue » augmente avec les performances de Patrick Edlinger dans Capt'ain crochet, No man's land et Luhora 7b puis la Polka des ringards, premier 7c « à vue ».
En 1981 un nouveau topo sort. Dès 1982, les premiers et les meilleurs numéros de « l'année montagne » sont publiés. Plusieurs chroniques et articles de presses consacrés au « libre » transportent Buoux au rang des plus belles falaises du monde. On parle déjà de sur-fréquentation amplifiée par l'explosion médiatique du film » La vie au bout des doigts » de Jean Paul Janssen.

1983 : L'année du 8a
En été 1982, Laurent Jacob, Jean Baptiste Tribout, Antoine et Marc Le Menestrel, Fabrice Guillot, David Chambre, découvrent la face Ouest. En quelques mois, la bande des « Parisiens » soif de nouvelles difficultés, équipe un grand nombre de voies d'un niveau très élevé. En février 1983, Patrick Edlinger équipe Ca glisse au pays des merveilles aux Confines, sûrement le premier 8a réalisé dans le vallon (en France ?) juste avant rêve de papillon équipée par Antoine et réalisé par Marc Le Ménestrel (15 ans) en avril.
Pâques 1983 reste une date importante de l'escalade à Buoux. La fréquentation du site devient extrême. >On annonce près de mille grimpeurs dans le vallon. Certains accès (camping sauvage, parking anarchique, détritus) provoquent la réaction du Conseil Municipal de Buoux qui décide d'interdire l'escalade sur la commune. Cet arrêté sera cassé pour non-conformité quelques mois plus tard, mais l'ambiance générale en sera profondément bouleversé pour les années à venir. Malgré une baisse très nette de la fréquentation, de nombreuse voies de haut niveau continuent de s'équiper et le 8 février 1985, grâce à des négociations menées par le FFM et le COSOROC... Une convention est signée pour autoriser officiellement la pratique de l'escalade. Les grimpeurs perdent alors l'accès aux Confines et à la Face Ouest.

1985 : le renouveau
Le dynamisme de Bruno Fara, muni de sa nouvelle perceuse à accus, va profondément changer le paysage grimpant. Avec sa griffe et sa fougue, il équipe plus de soixante longueurs, en commençant par la Dérive puis le Scorpion, la Plage et enfin Fakir. Il participe activement au rééquipement bénévole avec Serge Jaulin et Pierre Duret. Les ouvertures vont s'effectuer dans toutes les difficultés, ce qui va entraîner une recrudescence de la fréquentation. Le premier 8b de Buoux et de France est réalisé en août 1985 par Marc Le Menestrel : les Mains sales en face Ouest. Puis apparaissent d'autres 8b dans le nouveau secteur du Bout du Monde ou sévissent Antoine et Marc Le Menestrel, ainsi que Marco Troussier : Chouca 8b redescendu à 8a+, la Rose et le Vampire toujours 8b, comme Tabout Zizi que Marco a failli déséquiper, contrarié par le nombre de prises qu'il avait taillé ! En 1986, Antoine Le Menestrel signe le premier 8b+ de France avec la Rage de vivre suivi de Marx qui enchaîne le Minimum 8b+ également ; voie qui deviendra 8c en 1992 suite à deux prises cassées. Des secteurs entiers se développent grâce à Bruno Béatrix (G.V.B), Eric Revolle (La Croisette), Serge Jaulin (à droite d'Autoroute et sur la vire des Diamants) José Luis et Pierre Duret.
L'année 1987 est marquée par les réalisations éclairs de Jerry Moffat dans les voies références. En une semaine il réalise La rage de vivre 8b+, le Minimum 8b+ et Tabou zizi 8a+/ Puis dans la même journée le Spectre du surmutant 8b+, voie phare de Jean Baptiste Tribout, suivi par La nuit du lézard 8a+ !
C'est en 1987 également qu'Alain Robert commence à s'illustrer en solo, intégral. Patrick Edlinger avait réalisé en 1981, le Rut et le Pilier des Fourmies 7a. Laurent Darlot s'offrira TCF suivi de Camenbert Fergusson 7a et Rose des sables 7a/ David Chambre réalisera notamment la Volière 7b gazeux. Alain Robert franchira en solo de nombreuses longueurs, dont La chèvre et le chou 7c, Rêve de papillon 8a puis surtout en 1991, la nuit du lézard 8a+ au caractère très aléatoire...
Fin 1987, Christine Gambert réalise le premier 8a féminin avec Rêve de papillon, suivi rapidement de Lynn Hill
Début 1988 Catherine Destivelle répète également Rêve de papillon, puis Elixir de violence et la Diagonale du Fou 8a. En mars, elle enchaîne Chouca, le premier 8a+ féminin ! Lynn Hill elle, auteur du premier 8b+ féminin au Cimai, échappera miraculeusement en mai 19879 à une chute de 25 mètres depuis le haut du mur du Styx !
1989 : premier 8c indiscutable
Le 8c est apparu en France en janvier 1989 dans les dévers de Buoux avec Azincourt, ex-dernière longueur des Barouilles, ouverte en artif en 1972 par les Gorgeon and co, imaginée et équipée pour le libre par Laurent Jacob, puis libérée par Ben Moon ! La difficulté de cette voie rarement enchaînée, confirme la performance des premiers répétiteurs : Didier Raboutou, Marc Le Menestrel, Stefan Glowacz, François Dreyfus... La perceuse permet de rationaliser l'équipement. Les doubles expansions et les scellements font de Buoux une des falaises les mieux équipées de France et des plus fréquentées du monde. Tout grimpeur qui se respecte rêve un jour d'escalader les voies types de Buoux : Alertés les bébés 6c+, GVB (Grande veine bleu) 6b, Les diamants sont éternels 7a, TCF (Turbo cibi facho) 7a, No man's land 7b... Cette évolution de l'escalade à provoqué la disparition de certaines voies. Elles étaient plus ou moins bien équipées, parfois très peu parcourues, en traversées ou comportant des passages d'artifs dans des lignes de libre. Par exemple, La Méhdou ouverte en 1978 par Gérard Lucet seul disparait entre Vol au vent et Là bas si j'y suis. L'Hallali de l'élan palan et sa voisine L'Hallali de l'élan lent ouvertes par Michel Bonnon et Bruno Lankester, disparaissent au profit des voies plus dures du secteur Autoroute. Le haut de Super Brown ouvert par Bernard Gorgeon, Jean Gay, Pierre Gras et Jacques Nosley, subira le même sort dans le mur des Diamants. L'Araldite ouverte en 1978 par Christian Guyomar et Christian Hautcoeur passait entre Dérision et Solution finale pour se noyer ensuite dans le grand mur jaune à droite de la Fakir. Le Styx donnera son nom à ce magnifique secteur : le tracé initial empruntait le départ d'Andéavor, traversait de deux longueurs l'ensemble du mur, pour sortir à droite de Proxima Nox ! Enfin si la Rampe ouverte en 1974 par Raymond Coulon, Serge Gousseault et Pierre Gras constitue toujours la dernière voie du Bout du Monde, son récent rééquipement l'a rendu bien plus directe et plus soutenue (7b) : On l'appelle aujourd'hui Tiens bon la rampe.

Les années 1990 : rééquipement et baisse de fréquentation
Le début des années 90 voit le rééquipement systématique en scellements (rings) de la quasi totalité des voies de la falaise, sauf la face Ouest, non autorisée et en grande partie déséquipée à l'initiative de Thierry Nief pour des raisons de sécurité. Ce travail de rééquipement a pu être effectué par des grimpeurs parfois rémunérés, suite aux dossiers de deman,de de subventions réalisées par le CD FFME du Vaucluse, avec l'appui du Conseil Régional PACA et du Conseil Général du Vaucluse. Puis, quelques nouvelles voies voient le jour dans les secteurs de Songe, Styx et surtout la Croisette avec des voies de 5b à 6b réalisées par Pierre Duret. Quelques nouveautés également sont équipées dans le secteur de la Plage par Bruno Clément et Bruno Fara, ainsi plusieurs voies d'initiation par Françoise Lepron et le club Aptitudes. C'est dans le haut niveau que l'on retrouve Antoine Le Menestrel avec Il était une voie 8c (la voie la plus dure de Buoux) puis Bruno Clément avec le Schlafzack et le bierkenstock 8a+, à gauche de la quatrième longueur du pilier des Fourmies, mais surtout avec une nouvelle ligne majeur dans le secteur Dévers : La chiquette du Graal, annoncé 8c par l'ouvreur , puis descendue à 8b+ après le passage d'un répétiteur bidouilleur... Dans ce même secteur, on trouve l'éternel compère de Bruno, Yann Ghesquiers qui équipe Et dieu créa l'infâme 8a+, puis réalise un des dernier problèmes de Buoux : Miss catastrophe 8c.
Certaines vacances scolaires et quelques dimanche de printemps sont synonymes de trop plein. Cependant l'émergence de nombreux sites d'escalade dans la région PACA à contribué à la régulation de la fréquentation sur le site de Buoux. Les grimpeurs français et étrangers viennent moins souvent et moins longtemps.

Les premières années 2000
La stabilisation de la fréquentation se confirme. La falaise est même déserte certains week-ends. Pour autant, l'usure des prises de certains passages augmente la difficulté de voies comme Germanophobie 6c, la Béda 6a+, la Montée aux enfers 6c, Dresden 7a+... Face à la banalisation d'une escalade de plus en plus physique, d'autres voies au contraire ont vu leur cotation diminuée : Camembert Fergusson 6c+, Joe weider's rock principle 7c+, la Mission 8a+... De nouvelles voies apparaissent encore, en particulier au secteur Bout du monde, où Antoine Le Menestrel ouvre la directe de Chouca, Bout'de chou 8b+, Bruno Clément CTN 8b, Laurent Triay TNT 8b+, l'intégrale de l'idole 7c et puis au secteur Fakir une voie de trois longueurs DE Camino a la vereda annoncée 7b, 7c et 8 ? Enfin, tout récemment, Valéry Bernard et Eric Garnier concrétisent un « chantier » de Marco Troussier : Gratton Laberu 8a+. Côté perf « à vue » Chris Sharma réalise Chouca, une première et unique 8a+ « à vue » de Buoux ?
Françoise Lepron avec le club Aptitudes ouvrent de nouvelles voies faciles vers le secteur de la Dérive. Plusieurs purges de blocs instables sont effectuées avec l'aide précieuse despompiers de la section montagne Apt-Bonnieux. Le rééquipement des voies vieillissantes ainsi que la maintenance des relais se poursuivent sous l'impulsion de Pierre Duret et l'aide du CD FFME 84 Début 2004, plusieurs voies semblent n'avoir toujours pas été réalisées : Mea coulpa par Bruno Fara secteur Autoroute, De Camino à la veredad par Laurent Triay au secteur de la Fakir, Le projet de Marc Le Menestrel au dessus de la Plage, Totem Zoulou de Marco Trousssier à gauche de No man's land, Du travail de pro au bout du monde. Puis enfin, d'autres longueurs , dont l'équipement n'a jamais été terminé, laissent présager quelques beaux défis... Avis aux mutants !

Eric Garnier

 

Buoux , l’œcuménisme vertical

Nous étions jeunes et large d’épaule (surtout moi)

Bandits joyeux , insolents et drôle….Même si je n’ai pas , comme beaucoup de grimpeurs marqué au fer rouge l’histoire de Buoux ,Buoux a marqué mon histoire !

Et je me permet de mettre l’accent sur des flashs qui habitent ma mémoire !

Buoux c’est : Une rencontre forte, comme tous les grands moments de ma vie je me rappelle avec précision de la première foi :Ce départ tardif de Grenoble avec Gabo et les frères Derobert , cette arrivée encore plus tardive dans le vallon pour squatter discrètement la colonie et surtout ce réveil automnal face au mur de la Gougousse (impressionné et muet).

Buoux c’est aussi une vision irréelle du tournage de « la vie au bout des doigts ».

Buoux c’est aussi avec le sentiment :d’une géniale intuition de JP Janssen , d’une totale improvisation,(il grimpe sans concession , redescente à pied , loupe l’hélico qui était chargé de filmer sa prestation dans le pilier des fourmis, quelques images du haut) d’une liberté et d’une vérité forte et enfin d’un incroyable talent ! Buoux c’est :aussi les premières interdictions et règlementations , et donc la prise de conscience des premiers freins au sentiments de liberté totale dans notre activité.

Un « zibandage » qui se passe mal du coté de Chanaz, les mains menottées sur les glissières de sécurité !

Des croix bien sur (mon premier 8 ….) mais aussi des galères pas possibles notamment avec la fissure Serge , réussi après 50 000..Essais

Un retour à Chamonix , direction les sous sols de l’EMHM avec T Volpiato pour avoir manqué à l’appel pendant quelques jours (ou semaines ma mémoire flanche )Et oui la réussite était souvent laborieuse et demandait des heures Sup !!

C’est « Mehmed le mince » en perdition dans sa borie pendant tout un hivers.

Buoux c’est aussi le cimetière des mythes Américains John Bachard (paix à son âme ) et Ron Kauk.Des prestations médiocres liées à la spécificité de l’escalade. Comment accepter de s’écraser les chairs de nos petits doigts pour tenir un mètre de plus !

Une bagarre mémorable entre les ténors du graton pour la 1ère répétition du minimum.

Je pourrais continuer des heures mais il faut conclure au risque de vous ennuyer !enfin une falaise qui rapproche plus quelle ne divise , qui appartient a la communauté des grimpeurs , Merci Françoise pour ce rassemblement, en espérant que des yeux s’illuminent pendant ces deux jours. , et même si je ne suis pas physiquement présent je serais avec vous par la pensée.

Luc Thibal

 

 Historique de Buoux

La découverte du LUBERON et de BUOUX, pour Raymond et moi, fut un enchantement vers 1954… La ferme des SEGUINS, le troupeau de chèvres chamoisées, le torrent de l’AIGUEBRUN à l’eau si claire, la lumière de son ciel…

Ce fût un concours de circonstance qui nous fit connaître ce vallon.

Par un groupe de spéléos, très fermé d’ailleurs, également passionnés de préhistoire, rencontrés à la SAINTE BEAUME, près de MARSEILLE, en 1953 (date de notre arrivée en PROVENCE… en motobécane depuis PARIS !) Ils nous ont conseillés de nous rendre dans le vallon de l’AIGUEBRUN à BUOUX pour la beauté du paysage… Ce fut bien sur le coup de foudre pour nous deux ! Avec le désir très vif d’y habiter un jour !

La première fois que nous avons « touché » le rocher ce fut pour descendre la falaise, à gauche des SEGUINS, avec les échelles de spéléos et je peux dire que ce fut assez impressionnant !

A l’époque nous faisions, en plus de la spéléo et quelques fouilles préhistoriques, de l’escalade dans les CALANQUES (quelle merveille), aux DENTELLES DE MONTMIRAIL, etc…Comme entraînement pour la haute montagne en été et du ski de rando en hiver.

En 1958, enfin nous avons pu réaliser notre rêve et venir habiter à BUOUX avec notre première fille, Mireille, âgée de 3 semaines ! Puis un an après, acheter une « moitié de ruine » et avoir enfin des pierres à nous ! Francine notre deuxième fille y est née…

L’envie nous vint donc de grimper ces falaises, situées sous notre nez, avec les quelques copains fidèles dont Pierre Gras, vraiment une petite équipe.

Ayant monté un atelier de ferronnerie (cumulé pendant deux ans avec un bar-restaurant… l’argent étant assez rare !) cela permis la fabrication d’une multitude de « pitons » ajouté à des coins en bois assez originaux car nous étions assez fauchés. Mais quelle joie l’ouverture de ces voies, pas question de regarder la montre, avec descente en rappel pour aller façonner soit le coin en bois, soit le piton qui convenait à la poursuite de la voie et sans oublier de se désaltérer, comme il se doit, avec le nectar des vignes du LUBERON !!!

Et puis, le chantier étant si vaste, nous avons fait appel à la FSGT de MARSEILLE qui, avec la jeune génération ( les Gorgeon, Nosley etc…) ont donné un souffle nouveau, favorisé quand même par l’amélioration du matériel d’escalade.

Pour la suite se référer aux notes de Jean Gay parues dans le guide des falaises de BUOUX.

Ce fut une période joyeuses, pleine de rires, de rigolades et de fêtes mais ne nous ont jamais fait oublier la GRANDE MONTAGNE, ses beautés et ses neiges éternelles qui nous poussaient toujours à la parcourir par tous les temps.

Le 30 mars 2010,

Huguette Coulon, La Roche des Arnauds

 

Pandore

1ère image :

Première visite, printemps 1966, j’ai 11 ans et je regarde les « grands »(Pierrot, Raymond, Gus, Jean…) s’escrimer dans la « Dock »… même plus ça existe comme voie maintenant à Buoux. Falaise « Verboten » : Les Confines… et puis je crois que j’essaie… C’est trop dur, trop raide pour mes petits bras.

2ème image :

« Gendarme Pandoren ou allez-vous si pédérastement testiculant de la sorte ? » Je m’en vais sur ce mont de Vénus d’où l’on jouit d’un point de vulve partrouduculièrement clitoresque… » Il y en avait des dizaines comme cela, chansons paillardes et autres pendant les soirées aux Claparèdes chez Raymond et Huguette.

3ème image :

Dans la grande falaise, 10 voies tant et plus… L’été 1970, il fait mauvais à Ailefroide. Jean Gay nous emmène dans sa R 16 à Buoux… 1ère le Goitre… quel pied, devenue rapidement classique.

4ème image :

Les révisions du Bac… Un petit break avant l’examen pour aller ouvrir (La Nol avait une voiture, la deuch mythioque) la Cristopher que Serge Gousseault fera à l’automne et en dira que c’est très beau. Du coup, on parle et il parle d’une ligne à gauche des Fourmies… Pas évident. Bonne pour lui et puis il quitte son corps dans les Grandes Jorasses en hiver. Alors nous allons nous atteler à cette ligne… La Gougousse, technique Himalayenne, je déguste des raviolis chauds, réchauffés dans la grotte, montés par la corde à matos, pendu entrain d’équiper un bombé avec un rideau de neige derrière moi. Bien sur les pieds, le rocher de Buoux ne s’y trompe pas, nous avons réalisé quelques passages qui attireront l’élite régionale. La Gougousse est crainte… C’EST LA GLOIRE !

5ème image :

1971. L’années après le Goître, on est sur la route de Florac où nous attendent d’autres aventures rocheuses et je commence à grimper dans ce qui sera « Autoroute du Soleil » bien plus tard… Je mousquetonne un bel arbre à 10 mètres du sol et puis je pars en dulfer sur une écaille… et je … tourne la page ! Mon con de second Philippe Ioan ne tient pas ou lâche la corde et bing, j’atterris assis par terre 12 mètres plus bas… Une grosse fracture à la colonne vertébrale… Merci l’ami ! Les pompiers d’Apt ne savent pas ce qui leur arrivent ! Le secours en paroi est loin d’être né dans la région ! mais ils me ramènent à Cavaillon… Je me souviens de leur effort dans le chemin, sanglé sur mon brancard.

6ème image :

Raymond, Huguette, les Claparèdes. Raymond c’est LE Forgeron de Buoux de la bande de copains, un peu « anars », une « Figure », déconneur, ami des parents…. Les samedis soirs étaient très animé&s en général chez eux, chez Raymond et Huguette, mùais aussi parfois auilleurs. Et une fois au détour d’une de leurs pérégrination, ils avaient découvert dans une petite grotte… un four en pierre qui n’avait pas fonctionné depuis un siècle certainement, en parfait état… avec encore des cendres à l’intérieur. Il y eut quelques soirées mémorables autour du four… La première cuite vers 18/19 ans… et ce qui m’a étonné… On arrive encore à grimper le lendemain matin, même bien, d’ailleurs une espèce de décontraction inhabituelle !. Et donc il y avait aussi les séances de forge de pitons pour équiper les voies. Car on s’est vite rendu compte que ce rocher qui nous plaisait tant , ne supportait pas les pitonnages répétés comme celui des Calanques. Et puis après les soirées déconnantes, on se les ai fait nous même dans la tradition des aînées. A la Borie, squat d’une bergerie et puis aussi un peu partout, tout le temps. Comme cette fois où une bande de Mormons ou quelque chose d’avoisinant avait écrit en grandes lettres blanches « Jésus sauve » au bord de la route dans la combe de Lourmarin… On a rajouté « Toi vite »…La peinture de l’ami L.Nol étant de bien meilleures qualité que celles des mormons on peut encore lire « Toi vite »…C’est là, lors d’un rassemblement National FSGT à la colonie que j’entends autour du feu la première fois une parodie sur l’air « Des bonbons » de Jacques Brel des paroles qui font : « J’me suis accroché au piton… ».

7ème image :

Déconner, bine sûr, mais grimper aussi. L’éperon du Nul (interdit maintenant) en face de l’éperon du Fort (le Fort de Buoux qui se visite moyennant la dîme maintenant)… où j’ai passé quatre heures et demi pour ouvrir cette traversée de 50 mètres et où j’ai inventé pour la première fois la lunule artificielle percée au tamponnoir à main (l’ancêtre de l’Abalakov). Grimper sur les pieds comme ce rocher le demande… ça déstabilisait un peu les grimpeurs de la région habitués aux Calanques. Alors que moi je m’y sentais tellement bien que j’ai passé de très longues périodes à y grimper en baskets. Quelques réalisations marquantes comme le « Toit du grand Tricot » un chantier de tout un hiver lorsque nous avions découvert les spits employés au Toit du Sugiton dans la Dévaluation et là Ô sacrilège ! nous ne sortons pas au sommet ? Les aînés nous ont vomi dessus ! Eux qui étaient encore tout empreints de la culture alpine… Départ sur le toit de la 2 CV pour mettre le premier golot, baudrier avec escarpolette pour le buste, pour se tendre encore un peu plus… une progression de 10 mètres par week-end… Engagement 0… on peut rigoler tant qu’on veut…

8ème image :

Cette escalade qui bouge, qui se fait sa propre place, l’histoire s’écrit dans le paysage des sports du rocher. On ouvre toujours du bas, une voie que l’on trouvait très dure…L.Nol avait fait un passage très dur dans la première longueur et puis après une seconde longueur soutenue avec un peu d’artif, le Pilier De la Gueule Fermée (PGF) et puis arrive en cachette en semaine (nous on bossait) le prophète JC Dardicule qui travaille les pas, déséquipe et réequipe à sa façon obligatoire. On ne pouvait plus faire « notre voie ». Lui voit « Jaune », nous on voit « Rouge ». Raymond et Pierrot lui enduisent sa voiture de merde récupérée dans la fosse septique, quant à nous on va sévir dans son chef d’œuvre du Verdon… Le triomphe d’Eros… Peintures, câbles vont viabiliser l’affaire !

9ème image :

L’histoire qui s’écrit encore.

Un jeune blondinet parcourt devant la caméra de Jean Paul Janssen, en solo… Quelques voies qui vont projeter l’escalade dans les médias mondiaux… Voies quasiment toutes ouvertes par nous ! Un bel hommage peu connu de Patrick Edlinger à notre feeling avec le rocher du Vallon.

Avec Patrick Bestagno, un diable de grimpeur, deux souvenirs marquants : Dans l’un en 1998 nous melons escalade contemporaine et traces des grimpeurs préhistoriques en suivant une gouttière taillée par nos ancêtres en plein milieu de la falaise pour collecter l’eau de pluie, mais les crochets à gouttes d’eau ne sont pas adaptés pour la gouttière… Alors nous sortons les serre-joints de maçon et les marteaux piolets comme crochets à gouttière ! Puis les Gorges du Verdon nous écarte du Vallon mais j’y reviens pour une dernière première repérée avec

Patrick, vite fait le matin même (une « vision ») et ouverte du bas dans l’après midi, le Grande Veine Bleu… devenue classique, je crois bien… un goût de Veni, Vedi, Vinci… Comme rarement !

10ème image :

Le Vallon est un petit joyau avec tant de traces de nos ancêtres grimpeurs par nécessité ou ferveur, ses maisons troglodytes encore habitées, ce travail, cette communion omniprésente avec la pierre. Il y a perdu dans ces falaises des endroits magiques comme le refuge des moines, lieu de méditation perché à 50 mètres ou la tête de l’indien, tour de guet accessible par un escalier taillé sur 30 mètres de haut.

Maintenant, j’y viens pour les amis, les chemins et les traces séculaires mais rarement pour y grimper… La roue tourne ? Bernard Gorgeon